Trois marines européennes, un maître d’œuvre français et le chasseur de mines le plus avancé du monde : le programme rMCM est en train de devenir la vitrine d’une coopération navale qui, pour une fois, tient ses promesses.
Le compliment vient de là où on ne l’attend pas toujours. Dans son édition d’août 2026, Proceedings, la publication de l’U.S. Naval Institute et l’une des revues navales les plus respectées au monde, qualifie les chasseurs de mines de la classe City de « plus avancés du monde ».
Un jugement signé Eric Wertheim, expert reconnu des flottes militaires, et qui a de quoi flatter l’orgueil industriel européen… car ces navires, qui viennent tout juste d’entrer en service en Belgique et aux Pays-Bas, sont le fruit d’un maître d’œuvre français et d’une coopération entre marines voisines.
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Le chasseur de mines de classe City est considéré comme le meilleur du monde selon l’U.S. Naval Institute
Les États-Unis alignent la première marine de guerre du monde et n’ont pas pour habitude de vanter le matériel des autres. Que leur institut naval de référence place un bâtiment européen tout en haut de la hiérarchie mondiale de la guerre des mines n’a donc rien d’anodin. Ce n’est pas une déclaration officielle du Pentagone, mais l’avis d’une revue dont les analyses font autorité dans les états-majors occidentaux… et cet avis est sans ambiguïté.
Le premier navire de la série, l’Oostende, a été livré à la marine belge en novembre 2025. Le deuxième, le Vlissingen, a rejoint la marine néerlandaise le 27 février 2026. Dix autres suivront jusqu’en 2030. Derrière eux se cache l’un des plus beaux succès récents de l’industrie navale européenne, et un modèle de mutualisation entre pays alliés.
Un montage à plusieurs mains
Le programme rMCM pour Replacement Mine CounterMeasures vise à remplacer les vieux chasseurs de mines de la classe Tripartite, en service depuis les années 1980 et à bout de souffle après plus de quarante ans de service. La Belgique et les Pays-Bas, qui coopèrent de longue date dans le domaine naval sous le cadre baptisé BeNeSam, ont commandé ensemble une flotte commune de douze navires, six pour chaque marine.

Le contrat, signé en mai 2019, pèse 2 milliards d’euros, soit environ 167 millions d’euros par bâtiment. Il a été remporté par le consortium Belgium Naval & Robotics, qui réunit deux industriels français : Naval Group, architecte et maître d’œuvre chargé de la conception, et Exail, l’ancien ECA Group, fournisseur des drones et du système de combat.
La production est pilotée par Kership, coentreprise entre Naval Group et le chantier breton Piriou. Les navires sont assemblés à Concarneau et à Lanester, avec des sections importantes fabriquées en Roumanie. Une chaîne de valeur répartie sur plusieurs pays, à l’image de la coopération qu’elle sert.
La France entre dans la danse
En 2025, la France a rejoint l’aventure, mais pas de la manière qu’on pourrait croire. Paris n’achète pas de navires du programme belgo-néerlandais mais a obtenu, via une sous-licence, un accès égal au design conçu par Naval Group. Autrement dit, la France pourra construire ses propres chasseurs de mines à partir du même plan.
Ces futurs bâtiments, baptisés « Bâtiments de guerre des mines », s’inscriront dans le programme national SLAM-F, avec environ six unités envisagées et un armement possiblement adapté aux besoins de la Marine nationale. La logique est vertueuse : plutôt que de développer chacun son navire dans son coin, trois marines alliées partagent une même conception, mutualisent les coûts de développement et gagnent en interopérabilité. C’est exactement ce que la défense européenne peine si souvent à réaliser.
Le chasseur de mines qui reste à distance
Si Proceedings place ces navires au sommet, ce n’est pas pour leur silhouette. C’est pour une rupture de doctrine. Le chasseur de mines traditionnel entrait lui-même dans le champ de mines pour le nettoyer, une manœuvre où l’équipage joue sa peau à chaque passe. La classe City inverse complètement cette logique. Le bâtiment devient un navire-mère qui reste à bonne distance et envoie à sa place une flotte de drones faire le travail dangereux.
C’est le premier système entièrement robotisé capable d’enchaîner les quatre étapes de la guerre des mines (détecter, classer, identifier, neutraliser) sans exposer un seul marin. La panoplie, signée Exail, constitue une véritable boîte à outils déployable selon la menace :
- Deux drones de surface Inspector 125 de 12 mètres et environ 19 tonnes, qui transportent les charges utiles jusqu’à la zone dangereuse ;
- Trois drones sous-marins A18-M chargés de détecter et classer les mines et les munitions non explosées ;
- Deux sonars remorqués T18-M pour cartographier les fonds en temps réel ;
- Un robot d’identification Seascan-M, relié par fibre optique, doté d’un sonar haute résolution et de caméras vidéo ;
- Des charges de destruction K-ster C, à tête militaire inclinable, pour détruire mines de fond, mines mouillées ou dérivantes ;
- Un drone aérien à voilure tournante Skeldar V-200, qui traque depuis le ciel les mines à la dérive ;
- Un dragueur d’influence combinant modules magnétiques et acoustique.
Le tout piloté depuis une salle de mission, à l’écart du péril. La révolution est là : le risque est transféré du marin à la machine.
| Caractéristique | Classe City / Vlissingen |
|---|---|
| Déplacement | 2 800 tonnes |
| Longueur | 82,6 mètres |
| Largeur | 17 mètres |
| Tirant d’eau | 3,8 mètres |
| Vitesse maximale | 15,3 nœuds (environ 28 km/h) |
| Autonomie | plus de 3 500 milles nautiques (environ 6 480 km) |
| Équipage | 63 personnes (marins et opérateurs de drones) |
| Propulsion | 3 diesels et 2 moteurs électriques, 2 lignes d’arbres |
| Armement principal | canon de 40 mm, 2 tourelleaux téléopérés de 12,7 mm, mitrailleuses de 7,62 mm |
| Radars | NS50 AESA (surveillance), Terma Scanter 6000 (navigation) |
Une menace qui n’a rien d’abstrait
Ces navires arrivent à un moment où la guerre des mines redevient une préoccupation de premier plan. La mine navale reste l’arme du faible au fort : peu coûteuse, facile à poser, redoutablement efficace pour verrouiller un détroit ou un port. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, des mines dérivantes menacent la navigation civile en mer Noire, et la protection des routes maritimes comme des câbles sous-marins est redevenue une priorité, de la Baltique à la Méditerranée.
Face à cette menace ancienne mais jamais éteinte, disposer de bâtiments capables de nettoyer un champ de mines sans y risquer un équipage change la donne opérationnelle. Les marines belge et néerlandaise se dotent là d’un outil qui les place, pour un temps, à la pointe mondiale de la discipline. Et avec la reconnaissance de l’U.S. Naval Institute, Naval Group tient un produit d’exportation de choix dans un créneau où la concurrence reste, pour le moment, limitée.
Sources :
U.S. Naval Institute (Proceedings) Inside the Low Countries’ City-Class rMCM Program (août 2026)
https://www.usni.org/magazines/proceedings/2026/august/inside-low-countries-city-class-rmcm-program
Article qualifiant la classe City de plus avancée au monde, avec le détail des systèmes et caractéristiques.
Naval Technology City/Vlissingen-class Mine Countermeasure Vessels, Belgium and the Netherlands (février 2026)
https://www.naval-technology.com/projects/mine-countermeasure-vessels/
Historique du programme, montant du contrat et calendrier des livraisons.
Naval News Belgian, Dutch and French ink agreement to adjust rMCM vessel to French needs (28 février 2025)
https://www.navalnews.com/naval-news/2025/02/belgian-dutch-and-french-ink-agreement-to-adjust-rmcm-vessel-to-french-needs/
Entrée de la France dans le programme et lien avec le programme national SLAM-F.
The Defense Post Netherlands Receives First rMCM Mine Countermeasure Vessel (3 mars 2026)
https://thedefensepost.com/2026/03/03/netherlands-first-rmcm-vessel/
Livraison du Vlissingen, répartition des rôles industriels et caractéristiques du navire.
Image de mise en avant : Le M940 Oostende – crédit : https://www.mil.be/
