Non, ce super porte-avions européen de 125 000 tonnes n’a jamais été en projet mais il y aura bien un navire de ce calibre en Europe en 2035 : le France Libre

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Non, ce super porte-avions européen de 125 000 tonnes n'a jamais été en projet mais il y aura bien un navire de ce calibre en Europe en 2035 : le France Libre

Une image spectaculaire tourne sur les réseaux : un gigantesque porte-avions baptisé « Forever Blowing Bubbles » serait un concept de 2019 pour une future « Marine de l’Union européenne » mais c’est canular.

Le post, publié début août 2026 par un compte au petit badge bleu sur X (dont nous tairons le nom), cumule les vues. Il décrit un navire hors norme : 356 mètres de long, 125 000 tonnes, jusqu’à 90 avions embarqués, et même un hôpital flottant de 1 200 lits pour les secours en cas de catastrophe. Le tout sous pavillon européen, comme si Bruxelles avait un jour caressé le rêve d’un porte-avions géant.

Les chiffres sont impressionnants et tous les européistes voudraient y croire…  un seul problème : rien de tout cela n’est vrai.

Décryptage d’une intox, et petit détour par le vrai super porte-avions européen, lui bien réel mais qui sera français et non sous pavillon de l’UE.

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Nous ne partagerons pas ici le petit plaisantin mais voilà comment il a accompagné le faux grossier sur son post représentant un super porte-avions européen :

« Le Forever Blowing Bubbles était un concept incroyable de 2019 pour un futur superporte-avions de la Marine de l’UE. Avec une longueur de 356 m et un déplacement de 125 000 tonnes, ce navire massif était conçu pour transporter jusqu’à 90 avions tout en servant également d’hôpital flottant avec 1 200 lits pour le secours en cas de catastrophe. pur concept jamais construit. »

Il ne fallait pas beaucoup de recherche pour se rendre compte de la supercherie. Le « Forever Blowing Bubbles » est en effet… l’hymne du club de football anglais de West Ham United (pas très sérieux pour le nom d’un bâtiment de guerre).

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C’est aussi, et surtout, le pseudonyme d’un artiste 3D amateur qui publie ses créations sur ArtStation, une plateforme dédiée aux illustrateurs et aux graphistes. Le fameux porte-avions « européen » n’est qu’une de ses œuvres, une image de synthèse, sans le moindre lien avec un quelconque bureau d’études.

L’artiste ne s’en cache d’ailleurs nullement. Sur sa fiche, il décrit lui-même son navire comme un « porte-avions fictif pour une Marine de l’UE ». Le design et toutes les caractéristiques du mastodonte évoquées ci-dessus sortent tout droit de son imagination de designer (ndlr : nous ne pouvons malheureusement pas vous partager son travail pour des raisons de copyright mais vous avez un lien vers son portfolio en bas dans les sources) .

Son portfolio, du reste, ne laisse aucun doute sur la nature de l’exercice. On y trouve pêle-mêle un porte-avions pour l’alliance AUKUS, un bâtiment australien, un porte-avions japonais dont le scénario se déroule en 2041, un sous-marin porte-avions chinois projeté en 2048, des chasseurs de sixième génération entièrement inventés et une flottille de navires-hôpitaux.

Du pur « et si… », talentueux et documenté, mais fictif de bout en bout que de petits malins ont voulu rendre réel sur les réseaux sociaux… probablement pour faire le buzz.

La Marine de l’Union européenne, le détail qui tue

Au-delà de l’origine de l’image, une erreur factuelle suffit à démasquer la supercherie : la « Marine de l’Union européenne » n’existe tout simplement pas. L’UE n’a pas de marine, pas plus qu’elle n’a d’armée. La défense reste une compétence strictement nationale, et chaque pays commande, arme et met en œuvre ses propres navires.

Un porte-avions « de l’UE » relève donc, en l’état actuel des traités, de la politique-fiction voire du fantasme.

Il y aura bien un super-porte-avions en Europe en 2036

Le plus savoureux, dans cette histoire, c’est qu’un pays en Europe construit bel et bien son porte-avions géant. Il ne s’appelle pas « Forever Blowing Bubbles », mais « la France libre ». Derrière ce nom de baptême, dévoilé par Emmanuel Macron en mars 2026, se cache le porte-avions de nouvelle génération français, le fameux PANG, dont le lancement officiel a été acté en décembre 2025.

Les études préliminaires ont démarré dès 2018, un contrat de conception a été notifié en 2021 à Naval Group, aux Chantiers de l’Atlantique et à TechnicAtome, et la fabrication des premières pièces des chaufferies nucléaires a débuté à l’automne 2025. Le bâtiment doit remplacer le Charles de Gaulle en 2038, après les premiers essais en mer attendus vers 2036. Un navire deux fois plus lourd que son aîné, appelé à devenir le plus grand bâtiment de guerre d’Europe, et le seul porte-avions à propulsion nucléaire au monde en dehors des États-Unis (et de la Chine mais à confirmer).

Le PANG « France libre » en fiche technique :

Caractéristique Détail
Nom La France libre (ex-PANG)
Déplacement Environ 75 000 à 80 000 tonnes (contre 42 000 pour le Charles de Gaulle)
Longueur Environ 310 mètres
Propulsion Nucléaire, deux réacteurs K22
Groupe aérien Une trentaine de chasseurs (Rafale M puis NGF/SCAF), E-2D Hawkeye, hélicoptères, drones
Catapultes Électromagnétiques (configuration CATOBAR)
Équipage Environ 2 000 marins
Coût estimé Environ 10,25 milliards d’euros
Entrée en service 2038

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Un fantasme qui dit quelque chose de vrai

À côté de la « France libre », l’Europe n’est d’ailleurs pas dépourvue en la matière. Le Royaume-Uni aligne deux porte-avions de la classe Queen Elizabeth, l’Italie exploite le Cavour et le nouveau Trieste, tous mettant en œuvre le F-35B à décollage court. Chaque nation avance ses pièces, sans qu’aucune bannière étoilée européenne ne flotte au-dessus d’un pont d’envol commun.

Reste que ce faux porte-avions de l’UE, tout inventé qu’il soit, touche un nerf bien réel. L’idée d’un porte-avions européen, mutualisé entre plusieurs pays, revient régulièrement dans le débat sur l’autonomie stratégique du continent, à mesure que la fiabilité du parapluie américain se fissure. Le rêve dessiné par un passionné sur son ordinateur n’est peut-être qu’une image, mais il met le doigt sur une question que les états-majors européens, eux, se posent très sérieusement.

La prochaine fois qu’un tel navire de rêve surgira sur votre fil d’actualité, une seule chose à faire : vérifier d’où il sort avant de le prendre pour argent comptant !

Sources :

  • ArtStation (indowflavour), Forever Blowing Bubbles – EU-Navy Aircraft Carrier, (portfolio)
    https://indowflavour.artstation.com/projects/58m1DE
    Fiche descriptive de l’artiste, qui présente lui-même son porte-avions comme un concept fictif, avec les caractéristiques reprises telles quelles par le tweet viral.
  • Naval-Technology, Porte-Avions Nouvelle Génération (PANG), France, (2021, mis à jour)
    https://www.naval-technology.com/projects/porte-avions-nouvelle-generation-pang/
    Sur les caractéristiques du PANG (75 000 tonnes, réacteurs K22, groupe aérien NGF et Rafale M), le calendrier et les industriels impliqués.

Image de mise en avant : Représentation d’artiste du PANG ou France Libre  – mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution-Partage à l’Identique 3.0 France par Rama

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron