L’USS Zumwalt, navire furtif américain devenu le symbole d’un fiasco industriel à plus de 7,4 milliards d’euros pièce, s’apprête enfin à naviguer. Débarrassé de ses canons inutilisables, il embarque désormais douze missiles hypersoniques filant à plus de cinq fois la vitesse du son.
Il devait révolutionner la marine américaine. Il est devenu son plus grand casse-tête. Après quinze ans de retards, de surcoûts et de technologies capricieuses, le navire le plus cher du monde a enfin trouvé une raison d’exister. Récit d’une seconde chance à prix d’or.
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Un navire hors de prix enfin opérationnel
Après une interminable série de déboires, l’USS Zumwalt reprend enfin la mer. Ce destroyer furtif, le premier du genre, revient d’une longue cure de modernisation qui l’a transformé en profondeur. Il devient ainsi le premier navire de surface de la marine américaine configuré pour tirer des armes hypersoniques à longue portée. Le bâtiment a quitté son chantier du Mississippi le 18 janvier 2026 pour ses essais en mer, et son retour officiel dans la flotte est attendu pour septembre 2026, avec une bonne dizaine de mois de retard sur le planning. Posé sur cale en 2011 et mis à l’eau en 2013, il aura mis quinze ans à devenir pleinement opérationnel, au terme d’une construction ponctuée de modifications et de surcoûts vertigineux.
Adieu les canons, bonjour les missiles
Le cœur de cette transformation, c’est un changement d’armement radical. Les ingénieurs ont retiré les deux gros canonsde 155 mm qui équipaient le navire. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient devenus tout bonnement inutilisables. Le seul obus compatible avait été abandonné, son coût ayant explosé jusqu’à près de 740 000 euros l’unité, à peine moins qu’un missile de croisière autrement plus performant. À la place, place à quatre grands modules de lancement capables d’emporter douze missiles hypersoniques. Voici la carte d’identité de ce navire hors norme :
| Élément | Donnée |
| Mise sur cale | 2011 |
| Durée de construction | 15 ans |
| Coût par navire | Plus de 7,4 milliards d’euros |
| Exemplaires prévus puis construits | 32 prévus, 3 réalisés |
| Nouvel armement | 12 missiles hypersoniques |
Ces missiles filent à plus de cinq fois la vitesse du son et permettent de frapper des cibles stratégiques très bien défendues, à très grande distance. À noter, le navire conserve en plus 80 missiles classiques logés dans des silos verticaux.
Une arme quasi impossible à intercepter
Qu’ont donc ces missiles de si redoutable ? Leur trajectoire. Contrairement à un missile de croisière classique, l’engin hypersonique file à une vitesse extrême tout en manœuvrant en plein vol. Impossible de prédire sa route. Résultat, les défenses antiaériennes actuelles ont un mal fou à l’intercepter, bien plus qu’avec les traditionnels missiles Tomahawk. Monté sur un navire furtif, donc discret aux radars, ce missile offre à la marine un moyen supplémentaire de menacer des cibles de grande valeur. On pense aux centres de commandement, aux sites de lancement de missiles ou aux quartiers généraux de la défense aérienne, enfouis au cœur du territoire ennemi.

Un banc d’essai pour les sous-marins
Cette transformation dépasse le seul cas du navire. Elle joue aussi un rôle de laboratoire pour l’avenir. La même technologie de missile hypersonique est en effet destinée à équiper les futurs sous-marins d’attaque américains de la classe Virginia. En installant d’abord ces armes sur le destroyer, la marine teste grandeur nature un système qu’elle compte déployer plus largement. Un bémol s’impose toutefois : les tubes sont posés, mais les premiers tirs de missiles hypersoniques depuis le navire ne sont pas attendus avant 2027. Et l’arme coûte cher, environ 62 millions d’euros l’unité, ce qui la réserve aux cibles de très haute valeur. Elle est malgré tout appelée à devenir l’un des systèmes de frappe stratégique les plus importants du pays, tout particulièrement en cas d’opérations contre la Chine ou la Corée du Nord.
Le naufrage industriel d’un programme
Impossible de parler de ce navire sans évoquer son histoire chaotique. Le programme Zumwalt reste l’un des plus catastrophiques jamais menés par la marine américaine. Les dérapages de coûts ont fait grimper la facture à plus de 7,4 milliards d’euros par navire, une somme colossale. Et les ennuis techniques se sont accumulés. Son système de propulsion électrique intégré, censé produire assez d’énergie pour de futures armes à laser et des canons électriques, s’est révélé bien plus complexe que prévu, avec de multiples pannes. À cela se sont ajoutés des soucis de logiciels et l’intégration simultanée de trop de technologies immatures. Un cocktail qui a fait exploser les délais.

La Chine en a profité pour prendre l’avance
Ces déboires ont eu une conséquence inattendue. Pour maîtriser les coûts, la marine a dû rogner sur les capacités du navire. Le projet initial prévoyait un radar double bande très performant. Faute de budget, une partie a été purement et simplement annulée, réduisant la capacité de surveillance aérienne du bâtiment. Et voilà le comble : pendant que les Américains simplifiaient leur navire, la Chine en a profité pour prendre les devants. Elle a intégré un radar double bande complet sur ses propres destroyers de type 055. Un renversement symbolique, où l’élève dépasse le maître sur une technologie que ce dernier avait dû abandonner par souci d’économie.
Un navire qui a longtemps cherché sa mission
Le plus étonnant dans cette histoire, c’est que ce navire a longtemps été une solution en quête de problème. Conçu dans les années 90, il devait à l’origine être un destroyer d’attaque terrestre, chargé d’appuyer les troupes au sol avec ses canons. Mais ce rôle s’est effondré. La commande est passée de 32 navires prévus à seulement trois exemplaires, et son programme d’obus a capoté. Pendant des années, la marine a cherché en vain à quoi pouvait bien servir ce bijou de furtivité et d’automatisation. La conversion aux missiles hypersoniques lui donne enfin une mission claire, en phase avec la rivalité entre grandes puissances qui domine notre époque. Une renaissance tardive, mais réelle.
Sources :
- The War Zone (TWZ), retour en flotte prévu en septembre et rapport du GAO
- US Government Accountability Office (GAO), calendrier des essais et coûts du programme
