Ce type d’arme nucléaire a quasiment été abandonné dans le monde, pourtant les États‑Unis viennent encore une fois de l’améliorer : la bombe gravitaire

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Ce type d'arme nucléaire a quasiment été abandonné dans le monde pourtant les États-Unis viennent encore une fois de l'améliorer : la bombe gravitaire

Le 8 juillet 2026, l’agence nucléaire américaine a annoncé avoir certifié, avec trois mois d’avance, les composants les plus sensibles de sa nouvelle bombe atomique, la B61‑13.

La National Nuclear Security Administration (NNSA), qui pilote l’arsenal atomique américain au sein du département de l’Énergie, a annoncé avoir achevé le « diamond stamping » de l’ensemble des composants nucléaires prévus cette année pour la B61‑13. Cette certification, réalisée au complexe Y‑12 d’Oak Ridge, dans le Tennessee, valide les pièces pour un déploiement au sein du stock opérationnel. Elle a été bouclée trois mois avant l’échéance fixée.

Rappelons que les États‑Unis maintiennent un stock d’environ 3 700 têtes nucléaires, dont près de 1 770 sont déployées et 1 930 conservées en réserve. La composante aéroportée, l’un des trois volets de la triade, aux côtés des missiles terrestres et des sous‑marins lanceurs d’engins, regroupe quelque 780 armes, parmi lesquelles les bombes gravitaires de la famille B61, dont une centaine d’exemplaires tactiques stationnés sur des bases européennes dans le cadre du partage nucléaire de l’OTAN.

Le programme B61 a été lancé en 1962 et sa première version est entrée en service en 1968 : avec plus de cinquante ans de carrière, c’est l’arme la plus ancienne et la plus polyvalente de l’arsenal américain. Sa dernière modernisation d’ampleur, la B61‑12, s’est achevée fin 2024 au terme d’un programme de neuf milliards de dollars qui a fondu en un modèle unique plusieurs variantes plus anciennes.

La B61‑13 en est la déclinaison à haute puissance et c’est d’elle don t nous allons vous parler aujourd’hui.

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Le poinçon qui fait entrer une arme dans l’arsenal

Le « diamond stamping » désigne la dernière étape de la fabrication d’un composant atomique : le moment où la NNSA certifie que la pièce a passé chaque inspection exigée et qu’elle atteint la qualité dite « war reserve », celle d’une arme destinée au stock opérationnel.

Les composants concernés sont appelés les canned subassemblies (« sous-ensembles en conserve » en français), ou CSA. Dans une arme thermonucléaire à deux étages comme la famille B61, un premier étage déclenche la réaction en chaîne, tandis qu’un second l’amplifie de façon spectaculaire. Le CSA est précisément le conteneur métallique scellé (acier inoxydable ou alliage d’aluminium) qui abrite ce second étage. En certifiant l’ensemble des CSA de l’exercice fiscal en cours, la NNSA vient donc de valider le cœur explosif de sa nouvelle bombe.

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Une cadence hors norme pour ce type de projet

La première unité de série de la B61‑13 avait déjà été achevée en mai 2025 au Pantex Plant d’Amarillo, au Texas, près d’un an avant la date initialement visée et moins de deux ans après l’annonce publique du programme, en octobre 2023. Un rythme que les responsables américains décrivent comme l’un des plus rapides depuis la fin de la Guerre froide.

Comment un tel calendrier a‑t‑il été tenu sur un objet aussi sensible ? La réponse tient en trois leviers :

  1. d’abord, la réutilisation de l’outil industriel et des procédés déjà rodés pour la B61‑12, dont le programme de prolongation de vie s’est achevé en janvier 2025,
  2. des décennies de données de conception accumulées sur la famille B61, qui ont permis aux ingénieurs d’accepter des « risques calculés »,
  3. la simplification (parfois même la fusion) de certaines revues de conception, ces points de contrôle rigoureux qui s’enchaînent normalement l’un après l’autre. Résultat : les premiers exemplaires d’essai ont pu être fabriqués trois mois seulement après le vote de financement du Congrès.

Le programme B61‑13 en quatre étapes :

Date Étape franchie
Octobre 2023 Annonce publique du programme par le Pentagone, sous l’administration Biden
Mars 2025 Première maquette d’essai (Joint Test Assembly) dévoilée par Sandia National Laboratories
Mai 2025 Première unité de série achevée au Pantex Plant, près d’un an avant la cible
Juillet 2026 « Diamond stamping » de tous les canned subassemblies de l’exercice, trois mois en avance

La performance ne se limite pas à cette seule bombe. La NNSA affirme mener de front six programmes de modernisation d’ogives, tous à l’heure ou en avance, et revendique un taux de livraison de 100 % dans les délais depuis le début de la décennie.

Les améliorations de la B61‑13

On distingue trois types d’armes nucléaires aéroportées.

La bombe gravitaire, d’abord : dépourvue de propulsion, elle est simplement larguée par un avion et tombe vers sa cible, en chute libre ou en vol plané. C’est la plus ancienne des catégories (celle des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki) et c’est à elle qu’appartient la B61. Viennent ensuite le missile de croisière, engin autopropulsé tiré à distance de sa cible, comme l’AGM‑86 américain ou l’ASMPA‑R français ; puis les têtes emportées par les missiles balistiques, intercontinentaux ou lancés depuis un sous‑marin, qui suivent une trajectoire balistique à très longue portée.

Au sein même des bombes gravitaires, toutes ne visent pas le même effet. Certaines privilégient la précision et un rendement modéré, comme la B61‑12 ; la B61‑11, est conçue pour s’enfoncer dans le sol et détruire des installations enterrées ; une dernière, la B83‑1 et sa puissance mégatonnique, appartient à la catégorie des armes à très haut rendement, aujourd’hui en voie de retrait. C’est dans ce paysage que vient s’inscrire la B61‑13.

Sur le plan de la puissance, l’écart avec la B61‑12 est considérable : là où cette dernière plafonne à une cinquantaine de kilotonnes, la B61‑13 vise une puissance maximale comparable à celle de l’ancienne B61‑7, soit de l’ordre de 340 à 360 kilotonnes  (plus de vingt fois la bombe d’Hiroshima). Toutes ces armes sont à puissance réglable (principe « dial‑a‑yield ») mais la B61‑13 hérite en prime du kit de guidage inertiel qui a fait la précision de la B61‑12.

Trois générations d’une même famille :

Caractéristique B61‑12 B61‑13 B61‑7 (héritée)
Puissance maximale ≈ 50 kt ≈ 340‑360 kt ≈ 340‑360 kt
Guidage Kit de queue inertiel Identique à la B61‑12 Sans guidage moderne
Vecteurs Chasseurs (F‑35A, F‑16) et bombardiers Bombardiers stratégiques uniquement Bombardiers
Statut En service (achevée jan. 2025) En production depuis mai 2025 En retrait progressif

Contrairement à la B61‑12, portée aussi bien par des chasseurs que par des bombardiers, la B61‑13 ne sera certifiée que pour les bombardiers stratégiques opérant depuis le territoire continental des États‑Unis. Une restriction qui désigne naturellement le B‑21 Raider, le nouveau bombardier furtif de l’US Air Force, comme sa plateforme de prédilection et arrime le programme à la modernisation d’ensemble de la frappe à longue portée américaine.

Un choix que peu de puissances partagent

Il faut terminer cet article en précisant que la bombe gravitaire est devenue une rareté. En 2025, seuls les États‑Unis, la Russie, Israël, l’Inde et le Pakistan en conservent dans leurs arsenaux ; la Chine, la France et le Royaume‑Uni l’ont, eux, abandonnée. En modernisant la B61‑13, Washington cultive donc une singularité que ses partenaires comme ses rivaux ont, pour la plupart, choisi de délaisser.

Maquette de l'ASMPA présentée en 2007.
Maquette de l’ASMPA présentée en 2007.

La bombe gravitaire nucléaire dans le monde en 2026 :

Puissance Bombe gravitaire ? Arme nucléaire aéroportée Orientation actuelle
États‑Unis Oui, modernisée B61‑12 / B61‑13 (B‑2, B‑21, F‑35A) Production en cours à cadence accélérée
Russie Oui, mais marginale Missiles de croisière Kh‑102 (Tu‑95, Tu‑160) Priorité aux missiles de croisière
Chine Non Missile aéroporté (H‑6N, futur H‑20) Composante aéroportée relancée
France Non (depuis les années 1990) Missile de croisière ASMPA‑R, 300 kt (Rafale) ASN4G hypersonique prévu vers 2035
Royaume‑Uni Non en propre (WE.177 retirée en 1998) B61‑12 américaine, partage OTAN (F‑35A) Capacité aéroportée en réintroduction

 

Sources :

  • NNSA / Department of Energy, NNSA Completes Critical B61‑13 Bomb Components Ahead of Schedule, (8 juillet 2026)
    https://www.energy.gov/nnsa/articles/nnsa-completes-critical-b61-13-bomb-components-ahead-schedule
    Communiqué officiel annonçant l’achèvement du « diamond stamping » de tous les canned subassemblies avec trois mois d’avance.
  • The Aviationist, B61‑13 Nuclear Bomb Receives ‘Diamond Stamping’, Meeting All Requirements Ahead of Schedule, (9 juillet 2026)
    https://theaviationist.com/2026/07/09/b61-13-nuclear-bomb-diamond-stamping /
    Reprise analytique de l’annonce, avec le rappel des essais en vol menés sur des exemplaires inertes.
  • The War Zone, Far More Powerful B61‑13 Guided Nuclear Bomb Variant Joins U.S. Stockpile, (19 mai 2025)
    https://www.twz.com/air/far-more-powerful-b61-13-guided-nuclear-bomb-variant-joins-u-s-stockpile
    Analyse des écarts de puissance entre B61‑12, B61‑13 et B61‑7 et de la logique « dial‑a‑yield ».

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron