La Chine pourrait neutraliser l’arme principale des sous-marins américains : son porte-avions Fujian embarquerait un bouclier anti-torpille inédit

Publié le

Said LARIBI

Said LARIBI

La Chine pourrait neutraliser l'arme principale des sous-marins américains : son porte-avions Fujian embarquerait un bouclier anti-torpille inédit

Le porte-avions chinois Fujian serait le premier au monde à embarquer un système capable de détruire physiquement les torpilles ennemies avant qu’elles ne le touchent.

Une prouesse que la marine américaine a tenté puis abandonnée, et qui pourrait offrir au géant chinois un avantage de survie décisif face aux sous-marins. Un porte-avions, c’est une cible colossale et terriblement précieuse. Sa hantise ? La torpille, cette arme sous-marine qui a coulé bien des navires dans les simulations. La Chine affirme avoir trouvé la parade, là où les Américains ont échoué.

A lire aussi :

Une première mondiale pour un porte-avions

Selon plusieurs sources chinoises, le porte-avions Fujian serait le tout premier au monde à disposer d’un système anti-torpille dit à destruction physique, réellement opérationnel. Concrètement, le navire arbore un lanceur à six tubes de 324 mm, installé à la place des lance-grenades sous-marines à douze tubes que portaient les deux précédents porte-avions chinois. Ce lanceur est presque certainement le fameux système anti-torpille. Le principe est simple à comprendre : détecter et détruire les torpilles ennemies avant qu’elles n’atteignent la coque. On passe ainsi de grosses grenades explosives à un intercepteur de précision. Si ces informations se confirment, le bâtiment conserverait un avantage de survie considérable sur tous les autres porte-avions de la planète.

La France est devenue un exemple dans tout le camp occidental puisque c’est la seule nation qui a réussi à sortir une frégate depuis 15 ans sans tourner au fiasco

Détruire plutôt que leurrer

Pour bien saisir l’enjeu, il faut distinguer deux grandes familles de défense. Voici comment elles s’opposent :

Type de défense Principe Résultat
Douce (leurre) Leurres et brouilleurs pour tromper la torpille Détourne sans détruire
Dure (destruction) Détecte et détruit physiquement la torpille Neutralise la menace

Jusqu’ici, la plupart des navires misaient sur la méthode douce, avec des leurres acoustiques et des brouilleurs qui cherchent à tromper la torpille ou à la faire dévier. Problème, certaines torpilles modernes dites à sillage sont très difficiles à leurrer par ces moyens. Le système chinois, lui, passe à l’attaque frontale. Une fois la menace repérée, il tire un intercepteur qui file à 50 ou 60 nœuds, soit environ 90 à 110 km/h, en à peine trois secondes, puis active son propre sonar pour foncer sur la torpille et la détruire. Cette logique de destruction directe rappelle d’ailleurs les systèmes de protection active qui équipent désormais les chars de combat modernes, capables d’intercepter un missile en plein vol.

Là où les Américains ont échoué

Voilà qui rend l’affaire particulièrement piquante. Les chercheurs chinois affirment que leur système atteint un niveau mondial en matière de précision de détection et de fiabilité d’interception. Il s’appuie sur un démonstrateur dévoilé dès 2016. Or, de leur côté, les États-Unis avaient lancé un programme comparable, mais ils ont fini par l’abandonner, faute d’atteindre les performances voulues. Un programme successeur est toujours en développement, sans résultat concret pour l’instant. Si la Chine a bel et bien réussi là où l’Amérique a buté, elle prend une longueur d’avance technologique loin d’être anodine dans la course navale entre les deux puissances.

Mark 48 Heavyweight Torpedo - La principale arme anti-navire des États-Unis. Sous-marins d'attaque de la marine
Mark 48 Heavyweight Torpedo – La principale arme anti-navire des États-Unis. Sous-marins d’attaque de la marine

La menace numéro un des porte-avions

Pourquoi investir autant dans une telle protection ? Parce que la torpille lourde reste l’une des armes les plus redoutablesqui soient contre un porte-avions. Lors de nombreux exercices de combat simulé, ces engins ont prouvé leur capacité à envoyer par le fond même les plus gros navires. Une torpille moderne frappe sous la ligne de flottaison, là où les dégâts sont les plus dévastateurs. Pour un bâtiment aussi coûteux et stratégique qu’un porte-avions, se doter d’un bouclierefficace contre cette menace change tout. Cela explique pourquoi la Chine tient tant à protéger le Fujian et ses futurs géants des mers face à ce danger permanent.

Pourquoi les sous-marins américains font si peur

Ce système prend tout son sens face à la marine américaine. Cette dernière s’appuie énormément sur les torpilles pour frapper les navires de surface ennemis. En effet, les destroyers et sous-marins américains manquent de missiles antinavire modernes équivalents aux redoutables YJ-18 chinois, ou de missiles balistiques comparables au YJ-21. Les États-Unis ont préféré investir dans la plus grande flotte de sous-marins nucléaires d’attaque au monde. Or ces submersibles comptent avant tout sur leurs torpilles lourdes Mk.48 pour couler un adversaire. Neutraliser cette arme revient donc à désamorcer la principale carte offensive de l’US Navy contre les porte-avions chinois.

Le chasseur à longue portée J-15T effectue des atterrissages Touch-and-Go sur le Supercarrier Fujian en juin 2026
Le chasseur à longue portée J-15T effectue des atterrissages Touch-and-Go sur le Supercarrier Fujian en juin 2026

Un géant des mers taillé pour la Chine

Le Fujian n’est pas n’importe quel navire. Entré en service en novembre 2025, il s’agit du premier super-porte-avions chinois, et du premier doté de catapultes électromagnétiques, une technologie de pointe qui propulse les avions plus efficacement. Ses dimensions donnent le vertige. Avec 316 mètres de long, 76 mètres de large et 80 000 tonnes, c’est de très loin le plus grand navire de guerre non nucléaire au monde en dehors de la marine américaine. Il joue dans la même catégorie que les super-porte-avions américains de la classe Gerald Ford. Son port d’attache se situe à Sanya, sur l’île de Hainan, un emplacement idéal pour opérer en mer de Chine méridionale, à environ 350 km des îles Paracels, une zone disputée.

Disparu pendant 29 ans, ce mastodonte russe de 28 000 tonnes ressurgit avec le plus gros arsenal de missiles jamais vu en mer

Bientôt sur toute une flotte

Ce n’est probablement qu’un début. La Chine prépare déjà des porte-avions encore plus grands, à propulsion nucléaire, dont le premier est en pleine construction. Ces futurs navires devraient eux aussi recevoir ce fameux système anti-torpille. Mieux, il est fort possible que la technologie soit ensuite installée sur des bâtiments plus anciens, comme les porte-avions Liaoning et Shandong, voire sur les puissants destroyers de type 055. En clair, la Chine pourrait progressivement rendre toute sa flotte de premier rang bien plus résistante aux attaques sous-marines. Une évolution qui renforcerait nettement sa position dans le rapport de forces naval face aux États-Unis.

Sources :

  • South China Morning Post, révélation du système anti-torpille et analyse de la revue Defence Review
  • USNI Proceedings, « China’s First Supercarrier » (caractéristiques du Fujian)
  • Global Times, calendrier de montée en puissance opérationnelle
  • Congressional Research Service (Congress.gov), menace des torpilles et flotte sous-marine

Tags

navire

À propos de l'auteur, Said LARIBI