Naissance d’un nouveau géant français à 3,9 milliards d’euros dans le secteur des drones maritimes à la suite du rachat d’Exail par Thales

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Naissance d'un nouveau géant français à 3,9 milliards d'euros dans le secteur des drones maritimes à la suite du rachat d'Exail par Thales

Exail : une pépite maritime qui monte, qui monte.

Le géant tricolore Thales a signé un accord engageant avec la famille Gorgé pour l’acquisition de sa participation de 35,51 % dans Exail Technologies, spécialiste franco-belge des drones maritimes et des systèmes de navigation. L’offre valorise l’ensemble d’Exail à 3,9 milliards d’euros, sur la base d’un prix de 134 euros par action, soit une prime de 44 % par rapport au cours du 25 juin 2026. La finalisation de l’acquisition du bloc familial est prévue au troisième trimestre 2027, avant une offre publique d’achat obligatoire visant les 100 % du capital, qui doit se clôturer au plus tard début 2028.

L’annonce intervient trois jours après la fin des négociations entre Exail et Safran, qui avait lui aussi tenté d’acquérir la pépite. Selon les termes officiels retenus par Safran, « les parties n’étant pas parvenues à s’entendre sur des conditions mutuellement acceptables », les discussions ont pris fin le 3 juillet. Le prix par action retenu (134 euros) est nettement supérieur à l’offre Safran (qui valorisait Exail autour de 2,2 milliards d’euros selon plusieurs sources), ce qui pourrait suffire à expliquer le basculement.

Décryptage d’une opération capitalistique majeure et de son sens stratégique pour la souveraineté navale française et européenne !

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Exail Technologies est née en 2022 du rapprochement entre ECA Group (spécialiste français des systèmes robotisés maritimes, filiale du Groupe Gorgé) et iXblue (spécialiste français des systèmes de navigation inertielle et de la photonique). L’entreprise, dirigée par Raphaël Gorgé, s’est imposée en quelques années comme un acteur mondial de premier plan sur deux segments technologiques stratégiques : les drones maritimes (de surface, sous-marins et aériens) et les centrales inertielles haute précision. Ces dernières sont capables d’estimer la position et le cap d’un mobile sans recours au GPS, ce qui devient un atout considérable dans un environnement de guerre électronique où le brouillage satellitaire est devenu la règle.

Voici quelques chiffres récents sur Exail :

Indicateur Valeur 2025-2026
Chiffre d’affaires 2025 479 millions d’euros (+28 % vs 2024)
Part défense Plus de 50 % du CA
Carnet de commandes Supérieur à 1 milliard d’euros (multiplié par 10 depuis 2019)
Effectifs Environ 2 000 salariés
Répartition activités ~ 40 % drones maritimes, ~ 40 % systèmes de navigation, ~ 20 % autres (photonique, capteurs)
Valorisation OPA Thales 3,9 milliards d’euros (134 €/action)
Progression du cours de Bourse depuis crise d’Ormuz (juin 2026) Environ + 40 %

Le carnet de commandes est particulièrement intéressant à analyser. Multiplié par dix depuis 2019, il traduit la fulgurante montée en puissance d’un marché qui n’était encore qu’émergent au sortir de la décennie 2010. L’année 2019 a été ainsi charnière pour Exail. C’est l’année où le consortium Belgium Naval & Robotics (Naval Group + Exail, alors ECA Group) a remporté face au binôme belgo-néerlandais Imtech-Damen le programme rMCM (replacement Mine Counter Measure). Un contrat de 2 milliards d’euros pour livrer douze bâtiments de guerre des mines aux marines belge et royale néerlandaise, incluant la « tool box » Exail avec drones de surface Inspector 125, drones sous-marins A-18, sonars UMISAS 120 et 240, drones aériens Skeldar V200 et système de mission UMISOFT.

Depuis, la Marine nationale a rejoint le programme en septembre 2023 pour six navires supplémentaires (les Bâtiments de guerre des mines ou BGDM), et les pays baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie) ainsi que la Finlande et l’Inde sont en discussion pour de nouveaux contrats.

Sous-marins K-STER d'Exail.
Sous-marins K-STER d’Exail.

Ormuz, mer Rouge, mer Noire : la valeur stratégique des drones maritimes explose

On ne peut expliquer l’explosion du secteur du drone maritime sans évoquer les trois théâtres d’opération récents qui ont fait d’Exail une « pépite » à posséder.

En mer Noire, l’Ukraine a ainsi démontré depuis 2022 qu’une flotte inférieure peut neutraliser une flotte dominante à coups de drones de surface (USV) Magura V5 et Sea Baby à 250 000 dollars pièce. Environ 25 % de la flotte russe a été coulée ou endommagée par ces essaims.

En mer Rouge, les Houthis ont utilisé des drones marins pour attaquer les navires marchands, obligeant l’opération européenne ASPIDES et les Américains à consacrer des ressources considérables à la protection du trafic.

Enfin, dans le détroit d’Ormuz, la crise du printemps 2026 a démontré une double menace : mines navales iraniennes et brouillage GPS massif. Sécuriser un tel goulot exige des systèmes de chasse aux mines robotisés et des centrales inertielles capables de fonctionner sans satellites (précisément le cœur de métier d’Exail).

Le marché mondial des drones maritimes se structure désormais autour de quelques champions, avec un mouvement de consolidation accéléré en 2025-2026 :

Acteur Pays Spécialité Événement récent
Exail Technologies France / Belgique Chasse aux mines robotisée, drones sous-marins, INS Rachat par Thales à 3,9 Md€ annoncé le 6 juillet 2026
Ultra Maritime Royaume-Uni / USA Drones sous-marins, sonobouées, guerre anti-sous-marine En cours de rachat par Lockheed Martin pour ~ 3,5 milliards de dollars (~ 3 Md€)
Kongsberg Maritime Norvège Drones sous-marins HUGIN, systèmes autonomes Contrats en cascade avec marines OTAN
Anduril Industries États-Unis Drones autonomes multi-milieux (Dive-LD, Ghost Shark) Contrats US Navy et australiens majeurs 2025-2026
Saab Kockums Suède Chasse aux mines, drones sous-marins Systèmes intégrés aux frégates Luleå
HII (Huntington Ingalls) États-Unis USV REMUS, ROMULUS proposés au Royaume-Uni Concept ARMOR Force avec Babcock

Ce que Thales gagne, ce qu’Exail apporte

Thales disposait déjà d’une offre solide en sonars, systèmes de combat naval et guerre électronique mais il lui manquait deux briques clés : les drones maritimes eux-mêmes (surface, sous-marins, aériens) et les centrales inertielles haute précision qui permettent à ces drones de naviguer sans GPS. Exail apporte les deux, et devient donc une pièce structurante du portefeuille du géant français.

Un chasseur de mine inspector 125 - crédit : Exail
Un chasseur de mine inspector 125 – crédit : Exail

Côté Exail, Raphaël Gorgé a rappelé l’enjeu : « En rejoignant Thales, Exail et ses équipes bénéficieront d’une capacité renforcée à développer des technologies souveraines et duales de premier plan pour une base de clients en croissance à l’échelle mondiale. » La pépite franco-belge accède ainsi à la force de frappe commerciale internationale de Thales (81 000 salariés, présent dans 68 pays, 21,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024) et c’est probablement ce dont Exail avait besoin pour convertir son avance technologique en positions durables sur les marchés mondiaux, face à des concurrents comme Anduril ou Kongsberg qui disposent déjà de tailles critiques supérieures.

Le PDG de Thales, Patrice Caine, a résumé la logique industrielle dans son communiqué : « Avec cette acquisition, Thales vise à accroître sa position sur le marché de la lutte sous-marine et à étendre ses capacités dans les systèmes de navigation inertielle grâce à l’expertise complémentaire d’Exail. »

Sources :

  • Thales, Thales va acquérir la participation de la famille Gorgé dans Exail Technologies (6 juillet 2026)
    https://www.thalesgroup.com/fr/actualites-du-groupe/communiques-de-presse/thales-va-acquerir-la-participation-de-la-famille-gorge
    Communiqué officiel du groupe Thales détaillant les termes de l’acquisition (35,51 % de la famille Gorgé, prix de 134 € par action, valorisation à 3,9 Md€, prime de 44 %, calendrier T3 2027 et OPA début 2028), avec les citations de Patrice Caine et Raphaël Gorgé.
  • Naval Group, Mise à l’eau du Tournai, troisième navire de lutte contre les mines du programme rMCM belgo-néerlandais (2 juillet 2024)
    https://www.naval-group.com/fr/mise-leau-du-tournai-troisieme-navire-de-lutte-contre-les-mines-du-programme-rmcm-belgo-neerlandais
    Source détaillée sur le contrat rMCM (2 Md€, 12 navires belgo-néerlandais + 6 pour la Marine nationale via MoU de septembre 2023), le rôle d’Exail comme co-traitant fournissant la « tool box » de drones et le détail des équipements Exail (UMISOFT, Inspector 125, A-18, UMISAS, K-Ster C).
  • Mer et Marine, Chasseurs de mines belgo-néerlandais : le point sur le programme rMCM (juin 2026)
    https://www.meretmarine.com/fr/defense/chasseurs-de-mines-belgo-neerlandais-le-point-sur-le-programme-rmcm
    Source technique de référence sur l’avancement du programme rMCM, avec la livraison de l’Oostende le 3 novembre 2025 à la marine belge et du Vlissingen le 27 février 2026 aux Pays-Bas, ainsi que le baptême de l’Oostende le 24 juin 2026.

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