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La France pourrait être amenée à diriger une coalition internationale dans le détroit d’Ormuz pour déminer le passage, deux navires de classe Éridan sont prêts à Toulon

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Dans l’ombre du détroit d’Ormuz, la France prépare déjà la guerre des mines Le 10 avril 2026, la Marine nationale a décidé de repositionner deux chasseurs de mines depuis Brest …

La France pourrait être amenée à diriger une coalition internationale dans le détroit d’Ormuz pour déminer le passage, deux navires de classe Éridan sont prêts à Toulon

Dans l’ombre du détroit d’Ormuz, la France prépare déjà la guerre des mines

Le 10 avril 2026, la Marine nationale a décidé de repositionner deux chasseurs de mines depuis Brest vers Toulon. Pour le moment, rien n’est acté sur leur utilisation (aucune mine n’ayant encore été signalée) et tout reste conditionné à un cessez-le-feu fragile entre les États-Unis et l’Iran

Mais comme dit le dicton, « mieux vaut prévenir que guérir ». Si des mines apparaissent dans le détroit d’Ormuz, il faudra agir vite. Très vite.

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Le redéploiement concerne deux bâtiments de la classe Eridan/Tripartite accompagnés d’une frégate FREMM sur le port de Toulon, base pivot pour toute projection vers le Moyen-Orient.

Pour le moment, aucun acte de mission mais le but est bien entendu de préparer une force capable d’intervenir rapidement pour sécuriser les routes maritimes en cas de reprise du conflit dans le détroit d’Ormuz. La France ne lance pas d’opération, mais elle se met en position de le faire.

En sachant qu’avant toute projection vers Ormuz, les navires devraient passer par Djibouti.

La France y dispose d’une base permanente, véritable hub logistique pour la maintenance, le ravitaillement et coordination régionale.

Ce passage permettrait aussi d’intégrer les bâtiments dans un dispositif naval plus large couvrant la mer Rouge et l’océan Indien.

La pépite technologique de la flotte française va encore doubler sa puissance de feu avec 32 cellules de lancement vertical pour la FDI

Le détroit d’Ormuz, un point de rupture mondial

Le détroit d’Ormuz n’est pas un simple passage maritime. C’est un verrou.

À certains endroits, il mesure moins de 40 kilomètres de large. Chaque jour, des dizaines de pétroliers y transitent. Comme les Français l’ont appris à leur dépens, une seule menace suffit à faire grimper les prix de l’énergie.

Dans ce contexte, les mines navales sont une arme redoutable. Peu coûteuses, faciles à déployer, elles peuvent paralyser le trafic sans tirer un seul missile.

L’Iran disposerait d’un stock pouvant atteindre plusieurs milliers de mines, de différents types :

  • mines à orin (ancrées)
  • mines de fond
  • mines à influence (magnétique, acoustique, pression)

Même sans déploiement confirmé, le doute suffit à bloquer les assureurs et les armateurs.

Les chasseurs de mines Eridan, des chirurgiens de la mer

Les bâtiments engagés appartiennent à la classe Tripartite (ou Eridan en France), un standard franco-belgo-néerlandais conçu pour une mission unique : traquer et neutraliser les mines.

La Classe Tripartite, également connue en France sous le nom de classe Éridan, regroupe une série de chasseurs de mines conçus conjointement par la Marine nationale, la marine belge et la Marine royale néerlandaise dans les années 1970.Mis en service entre 1981 et 1995, ces navires de 51,5 m pour 560 tonnes sont construits en matériaux composites afin d’être amagnétiques, évitant ainsi de déclencher les mines. Leur propulsion combine un moteur diesel principal et des turbines spécifiques permettant une navigation discrète lors des opérations de déminage. Équipés de sonars avancés et de drones sous-marins filoguidés comme les « PAP » développés par Exail, ils sont capables de détecter, identifier et neutraliser les mines jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Produits à 40 exemplaires, ces bâtiments ont été largement exportés (Pakistan, Indonésie, Lettonie, Bulgarie) et engagés notamment lors de la guerre du Golfe, où ils ont contribué à la destruction de centaines de mines marines.
La Classe Tripartite, également connue en France sous le nom de classe Éridan, regroupe une série de chasseurs de mines conçus conjointement par la Marine nationale, la marine belge et la Marine royale néerlandaise dans les années 1970.
Mis en service entre 1981 et 1995, ces navires de 51,5 m pour 560 tonnes sont construits en matériaux composites afin d’être amagnétiques, évitant ainsi de déclencher les mines. Leur propulsion combine un moteur diesel principal et des turbines spécifiques permettant une navigation discrète lors des opérations de déminage.
Équipés de sonars avancés et de drones sous-marins filoguidés comme les « PAP » développés par Exail, ils sont capables de détecter, identifier et neutraliser les mines jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur.
Produits à 40 exemplaires, ces bâtiments ont été largement exportés (Pakistan, Indonésie, Lettonie, Bulgarie) et engagés notamment lors de la guerre du Golfe, où ils ont contribué à la destruction de centaines de mines marines.

Caractéristiques principales :

  • Longueur : 51,5 m
  • Déplacement : ~560 tonnes
  • Équipage : ~50 marins
  • Vitesse : jusqu’à 15 nœuds (~28 km/h)

Leur particularité, leur discrétion. Leur coque est conçue pour réduire les signatures magnétiques et acoustiques, afin d’éviter de déclencher les mines.

À bord, un sonar DUBM 21B détecte les objets suspects. Ensuite, des drones sous-marins comme le PAP-104 viennent identifier puis neutraliser la menace.

Parfois, ce sont encore des plongeurs qui interviennent.

Une vulnérabilité assumée mais sous protection

Ces navires sont spécialisés et donc relativement peu armés :

  • 2 mitrailleuses de 12,7 mm
  • 1 canon de 20 mm

Autant dire qu’ils sont vulnérables face à :

  • missiles antinavires
  • drones armés
  • frappes aériennes

Ils ne peuvent donc opérer seuls et leur déploiement dépend de deux conditions :

  1. un cadre politique stable
  2. une protection militaire (frégates, aviation, défense aérienne)

Une mission lente, méthodique et terriblement contraignante

Détruire une mine, ce n’est pas spectaculaire. C’est long.

Dans des conditions optimales, un chasseur de mines traite au maximum 5 mines par jour. Dans le détroit d’Ormuz, les conditions compliquent encore la tâche :

  • courants marins puissants
  • forte turbidité de l’eau
  • fonds marins irréguliers

Résultat, il faut parfois repasser plusieurs fois sur la même zone.

Un champ de mines de quelques centaines d’engins peut nécessiter plusieurs semaines d’opérations continues.

Une opération qui ne peut être que multinationale

Avec seulement une capacité de 10 mines par jour (avec les deux navires), la France ne pourra pas agir seule. Elle le sait.

Paris travaille déjà avec plusieurs partenaires et sur deux zones :

  • l’Europe (capacités historiques de guerre des mines)
  • l’Indo-Pacifique (Japon, Singapour, Inde)

L’idée est simple : diviser le détroit en secteurs, chacun traité par un groupe de navires.

Avec 10 chasseurs de mines, on pourrait théoriquement neutraliser jusqu’à 50 mines par jour (à condition que tout soit parfaitement coordonné).

Pourquoi ne pas utiliser des drones ?

En théorie, les drones marins devraient remplacer ces navires.

En pratique, ce n’est pas encore possible.

Les systèmes modernes comme le programme SLAM-F de Thales reposent sur des drones… mais nécessitent des navires-mères et des liaisons de données à courte portée. Résultat, malgré leur âge (les plus vieux datent de 1981 !), les Eridan restent indispensables pur servir de point d’appui aux drones qui pourraient être employés.

Flotte anti-mines Marine nationale 2026

La France pour diriger la coalition anti-mines ?

Depuis plusieurs mois, la France s’impose comme l’un des rares pays au monde capables de couvrir toute la chaîne de la guerre des mines, du capteur jusqu’au pilotage opérationnel.

Grâce à des acteurs privés comme Thales et Exail Technologies, elle développe une approche radicalement nouvelle : des opérations pilotées depuis un simple centre de commandement portable, connectant drones, robots et navires en un seul système. Le logiciel Mi-Map, capable de traiter les données sonar avec une précision annoncée proche de 99%, illustre ce basculement vers une guerre des mines pilotée par la donnée et l’intelligence artificielle.

Outre ses 17 chasseurs de mines (classe Éridan, avec 6 unités en service actif et des remplacements en cours par la classe City), la Marine nationale dispose d’une gamme complète de moyens dédiés : influenceurs de drague (IDM), drones de surface (USV) comme le mineKAT de Exail, drones sous-marins (AUV) tels que l’A18-M et le SAMDIT de Thales, ainsi que des sonars de remorquage (comme le TSM 2022/2054) et des véhicules télé-opérés (ROV) pour la neutralisation.

Top 20 des flottes de navires chasseurs de mines par nation :

Rang Pays Navires de guerre des mines
1 Russie 45
2 Chine 36
3 Pologne 29
4 France 19
5 Finlande 18
6 Japon 18
7 Bulgarie 17
8 Égypte 17
9 Corée du Sud 14
10 Allemagne 12
11 Turquie 11
12 Indonésie 10
13 Italie 10
14 Taïwan 10
15 Suède 8
16 Royaume-Uni 8
17 Vietnam 8
18 Roumanie 7
19 Danemark 6
20 Lettonie 6

La France apparaît ainsi comme l’un des acteurs les plus crédibles, du moins en Europe (avec la Pologne), pour gérer une crise de déminage à grande échelle.

Sources :

  • Le Marin, Les renforts brestois de la Marine nationale en escale à Toulon pour rejoindre le détroit d’Ormuz (11 avril 2026),
    https://lemarin.ouest-france.fr/defense/les-renforts-brestois-de-la-marine-nationale-en-escale-a-toulon-pour-rejoindre-le-detroit-dormuz-edf7568a-35ac-11f1-aa8d-862764c4f0ec
    article relatant le déploiement de bâtiments de la Marine nationale depuis Brest vers le détroit d’Ormuz, avec un passage par Toulon, dans un contexte de renforcement de la présence navale française.
  • Global Firepower, Navy mine warfare craft by country (consulté en 2026),
    https://www.globalfirepower.com/navy-mine-warfare-craft.php
    page de données comparatives présentant les capacités de guerre des mines navales par pays, incluant le nombre de bâtiments spécialisés et les classements internationaux.

Image de mise en avant : SLAMF – Système de Lutte Anti-Mines Futur

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À propos de l'auteur, Guillaume Aigron