Le Meteor va être remplacé, l’Europe prépare déjà la prochaine génération.
Le Royaume-Uni et la France viennent de lancer une étude conjointe pour préparer le successeur du Meteor missile, l’un des missiles air-air les plus performants aujourd’hui en service en Europe.
L’accord prend la forme d’un Memorandum of Understanding (en français « protocole d’accord ») et prévoit douze mois de travail pour définir ce que devra être la prochaine génération.
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Le Meteor, une réussite industrielle européenne
Le Meteor (BVRAAM, en français « missile air-air à longue portée au-delà de la portée visuelle ») est un missile européen entré en service le 11 juillet 2016. Développé sous la maîtrise d’œuvre de MBDA, il s’appuie sur une coopération industrielle large réunissant notamment Saab en Suède (environ 10 %), Bayern-Chemie en Allemagne (environ 16 %), Inmize en Espagne (environ 10 %), ainsi que Roxel et Thales en France (environ 12,4 %).
Sa particularité tient dans sa zone d’interception assurée (zone dans laquelle la cible ne peut plus échapper), nettement plus étendue que celle des missiles actuellement en service, avec des estimations qui la placent à environ trois fois celle de l’AIM-120 AMRAAM, ce qui en fait une référence en matière de combat aérien à longue distance.
Le montage industriel particulier a permis une mutualisation des coûts, des compétences et des chaînes de production.
Le Meteor équipe de nos jours les Rafale, les Typhoon et les Gripen, avec une intégration progressive sur certains F-35 Lightning II européens.
Fiche technique du Meteor :
| Caractéristique | Valeur indicative |
|---|---|
| Type | Missile air-air longue portée (BVRAAM, en français « au-delà de la portée visuelle ») |
| Entrée en service | 2016 |
| Portée | Supérieure à 100 kilomètres |
| Zone de non-évasion | Supérieure à 60 kilomètres |
| Vitesse | Supérieure à Mach 4 (≈ 4 900 km/h) |
| Propulsion | Ramjet (en français « statoréacteur ») à poussée continue |
| Poids | Environ 185 à 190 kilogrammes |
| Longueur | Environ 3,65 mètres |
Ce qui fait la singularité du Meteor tient dans sa propulsion. Contrairement à un missile classique qui brûle son carburant au départ, il maintient sa poussée tout au long du vol. Cela lui permet d’arriver sur sa cible avec encore de l’énergie, là où d’autres missiles ralentissent.
C’est cette caractéristique qui explique sa fameuse zone de non-évasion. Une fois engagé, il devient extrêmement difficile d’y échapper.
Un succès commercial pour MBDA
Le Meteor missile s’est imposé comme une référence du combat air-air longue portée, non seulement par ses performances, mais aussi par son ampleur industrielle. En agrégeant les commandes connues et les estimations ouvertes par pays utilisateurs, on peut estimer le volume total vendu aujourd’hui autour de 3 500 à 4 000 missiles produits ou engagés contractuellement, un chiffre à manier avec prudence car les données détaillées restent largement confidentielles.
Avec un prix unitaire désormais stabilisé autour de 2 millions d’euros, confirmé par plusieurs contrats récents, cela place le programme dans une enveloppe globale estimée entre 7 et 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé. Cette estimation reste indicative, fondée sur des ordres de grandeur publics et non sur des données contractuelles exhaustives, mais elle donne une lecture claire de l’échelle du programme. Le Meteor n’est donc pas seulement un missile performant, c’est aussi un pilier industriel majeur pour MBDA et ses partenaires européens, avec un modèle export qui continue de s’étendre au fur et à mesure des ventes de Rafale, Typhoon et Gripen.
Utilisateurs du Meteor et plateformes associées :
| Pays | Appareil principal | Statut |
|---|---|---|
| Royaume-Uni | Eurofighter Typhoon | En service |
| France | Dassault Rafale | En service |
| Allemagne | Eurofighter Typhoon | En service |
| Italie | Eurofighter Typhoon | En service |
| Espagne | Eurofighter Typhoon | En service |
| Suède | Saab Gripen C/D et E | En service |
| Brésil | Saab Gripen E/F | En déploiement |
| Inde | Dassault Rafale | En service |
| Qatar | Rafale / Eurofighter Typhoon | En service |
| Grèce | Dassault Rafale | En service |
| Égypte | Dassault Rafale | En service |
| Croatie | Dassault Rafale | En cours de déploiement |
| Émirats arabes unis | Dassault Rafale F4 | En commande |
| Italie / Royaume-Uni / Suède | F-35 Lightning II | Intégration prévue |
Pourquoi déjà chercher un remplaçant au Meteor ?
La réponse tient en un mot : anticipation.
Un missile de cette catégorie ne se développe pas en quelques années. Entre la conception, les essais, l’intégration sur avion et la production, il faut souvent plus d’une décennie. Attendre que le Meteor soit dépassé reviendrait à accepter un trou capacitaire.
Les menaces évoluent rapidement avec des drones de combat qui se multiplient, des avions de plus en plus furtifs et des systèmes de brouillage qui gagnent en efficacité. Le futur missile devra être capable d’échanger des données en temps réel, s’intégrer dans des réseaux de combat, peut-être coopérer avec des drones ou d’autres missiles. Il devra être capable de s’adapter en vol, de résister à des brouillages plus avancés, d’évoluer dans un ciel saturé de capteurs et de leurres.
Le missile devient progressivement un système autonome, capable de prendre des décisions en vol, plutôt qu’un simple projectile guidé.
Une coopération franco-britannique au cœur du projet
Ce nouveau programme s’inscrit dans le cadre de Lancaster House 2.0, qui relance la coopération militaire entre Paris et Londres. L’objectif est d’éviter de développer deux missiles concurrents en Europe.
Pour cela, les deux pays vont coordonner leurs efforts via un Complex Weapons Portfolio Office (en français « bureau commun des programmes de missiles »). Ce mécanisme doit permettre d’aligner les priorités et de faciliter l’arrivée d’autres partenaires.
L’idée est de reprendre le modèle du Meteor, tout en le simplifiant. Un noyau décisionnel franco-britannique, avec une ouverture progressive aux autres pays.

