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La France a trouvé un nouveau terrain de jeu dans l’armement dont elle est la reine avec le secteur des contre-mesures anti-mines

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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La France vient de changer les règles du jeu avec un ordinateur portable, trois écrans, et la capacité de nettoyer un détroit miné. Il y a quelques semaines à peine, …

La France a trouvé un nouveau terrain de jeu dans l'armement dont elle est la reine avec le secteur des contre-mesures anti-mines

La France vient de changer les règles du jeu avec un ordinateur portable, trois écrans, et la capacité de nettoyer un détroit miné.

Il y a quelques semaines à peine, les États-Unis alertaient publiquement sur le risque que l’Iran mine les eaux du détroit d’Ormuz, passage étroit que tous les Français ont appris à connaître le nom et par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial, actuellement quasi bloqué pour les navires commerciaux, à l’exception d’une poignée de tankers.

C’est la réalité de mars 2026, et elle illustre à quel point la guerre des mines marines, qu’on aurait pu croire enterrée avec le XXe siècle, est redevenue un sujet brûlant.

Une mine marine, c’est en effet une arme d’une simplicité déconcertante : peu coûteuse à fabriquer, facile à poser, redoutablement efficace. Une seule peut suffire à bloquer un port stratégique pendant des jours, faire grimper les primes d’assurance maritime en flèche et paralyser des flux commerciaux entiers.

Il existe ainsi un marché dédié aux contre-mesures face à ces menaces et la France y est particulièrement bien représentée, à commencer par Thales qui a lancé, le 26 mars 2026, un système qui change profondément la façon dont on fait la guerre des mines.

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Le système de Thales s’appelle Expeditionary PathMaster. Son principe de base tranche avec l’image qu’on se fait habituellement de la guerre navale : il repose sur un centre d’opérations portatif, une sorte de PC à trois écrans, depuis lequel une marine peut gérer l’intégralité d’une mission de lutte contre les mines, de la détection jusqu’à la neutralisation.

Le système Expeditionary PathMaster de Thales.
Le système Expeditionary PathMaster de Thales.

Ce poste de commandement portable s’appelle l’e-POC (Expeditionary Portable Operations Center, en français « centre d’opérations portable expéditionnaire »). Embarquable sur un navire, installable sur une côte ou depuis n’importe quelle base avancée, il permet de piloter une mission complète de déminage sans dépendre d’infrastructures fixes.

Ce qui le rend vraiment intéressant, c’est ce qu’il fait la connexion entre drones sous-marins autonomes, véhicules télécommandés et chasseurs de mines classiques, peu importe la marque ou l’origine du matériel, tout est compatible. Une marine peut donc partir de ce qu’elle a déjà, et intégrer progressivement les nouvelles technologies sans tout jeter.

L’efficacité du système repose pour une bonne part sur le logiciel Mi-Map qui, grâce à l’IA, traite les données sonar jusqu’à quatre fois plus rapidement que les moyens conventionnels, avec une classification exacte à 99 %.

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Un système déjà en service

Expeditionary PathMaster s’appuie sur un système déjà développé et livré à plusieurs acteurs importants comme la Marine nationale française ou la Royal Navy britannique, Singapour a également sélectionné Thales pour équiper sa marine de ces systèmes et la semaine précédant son lancement officiel, il venait d’être testé avec succès par la marine lituanienne, évaluée dans des conditions réelles.

Un marché qui redevient stratégique à l’échelle mondiale

Le marché mondial des contre-mesures anti-mines était évalué à environ 2,3 milliards d’euros annuels en 2025 et devrait dépasser 3 milliards d’euros d’ici 2035, une croissance modeste en apparence, mais qui pourrait être revue à la hausse avec la mutation profonde de la demande. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, plusieurs pays ont manifesté leur intérêt pour des systèmes de ce type, selon Thales lui-même.

Le basculement est structurel : on passe de gros navires chasseurs de mines coûteux, lents à déployer, réservés aux grandes marines vers des systèmes agiles, pilotés par logiciel, capables d’opérer depuis presque n’importe quel point du globe.

La France prête à rafler la mise

Ce qui rend la position française particulièrement solide, c’est qu’elle ne repose pas sur un seul acteur et que le pays semble maitriser l’ensemble de la chaine de production.

Sous-marins K-STER d'Exail.
Sous-marins K-STER d’Exail.

Exail Technologies, spécialisée dans les drones et robots sous-marins, développe depuis 2010 une nouvelle génération de drones antimines déjà vendus notamment aux marines belges et néerlandaises considérées comme les cheffes de file en Europe dans ce domaine. Son système combine drones de détection, robots télécommandés et drones d’intervention, pilotables depuis un conteneur embarqué ou posé à terre.

Depuis début 2026, le groupe français enchaîne les succès. Le 5 janvier, une commande d’environ 40 millions d’euros a été passée via l’OTAN pour plusieurs centaines de drones de neutralisation K-STER, confirmant la montée en puissance d’un modèle où les mines sont détruites par des robots… sacrifiables. Cette commande s’inscrit dans un accord-cadre permettant aux marines alliées d’acheter rapidement ces systèmes, avec déjà plus de 1 000 drones autonomes en portefeuille.

Dans le même temps, un contrat bien plus massif, de plusieurs centaines de millions d’euros, a été signé avec une marine restée confidentielle pour des systèmes complets UMIS. Objectif : livrer, sur quatre ans, une capacité clé en main combinant drones de surface Inspector, drones sous-marins de détection et de neutralisation, tous pilotés par une architecture logicielle unifiée.

Thales et Exail forment ainsi un tandem complémentaire : l’un apporte le cerveau et le commandement, l’autre les bras robotisés. Naval Group a d’ailleurs récemment pris une participation de 20 % dans CortAIx, l’accélérateur d’intelligence artificielle de Thales, ce qui renforce encore l’intégration de cet écosystème industriel. Derrière, il y a le programme franco-britannique MMCM (Maritime Mine Counter Measures, en français « mesures maritimes de lutte contre les mines »), piloté par l’OCCAR (en français « organisation conjointe de coopération en matière d’armement »), qui a fourni la base technologique sur laquelle Expeditionary PathMaster s’appuie.

Face à leurs concurrents américains (Lockheed Martin et Northrop Grumman en tête) qui proposent des systèmes intégrés conçus avant tout pour leur propre armée, Thales mise sur une approche flexible et exportable vers n’importe quelle marine, avec ou sans moyens lourds. Une stratégie qui a visiblement trouvé son marché.

Sources :

  • Market Research Future, Mine Counter Measures Market Research Report (date non précisée),
    https://www.marketresearchfuture.com/reports/mine-counter-measures-market-6201
    rapport d’analyse de marché présentant les tendances du secteur de la lutte contre les mines navales, incluant la croissance prévue, les technologies émergentes et les principaux acteurs industriels.
  • Thales Group, Lutte contre les mines : Thales lance Expeditionary MCM (date non précisée),
    https://www.thalesgroup.com/fr/actualites-du-groupe/communiques-de-presse/lutte-contre-les-mines-thales-lance-expeditionary
    communiqué officiel présentant le système Expeditionary MCM de Thales, une solution modulaire et déployable pour la lutte contre les mines navales, conçue pour être rapidement projetée et opérée à distance.
  • Exail Technologies, Nouvelle commande de plusieurs centaines de drones sous-marins K-STER pour environ 40 M€ (date non précisée),
    https://www.exail-technologies.com/fr/nouvelle-commande-de-plusieurs-centaines-de-drones-sous-marins-k-ster-pour-environ-40-me/
    communiqué annonçant une commande importante de drones sous-marins K-STER, détaillant les capacités de ces systèmes de neutralisation de mines et leur rôle dans les opérations navales modernes.

Image de mise en avant : Le sonar remorqué à ouverture synthétique de Thales, conçu pour la détection et la cartographie haute résolution des fonds marins lors d’opérations navales.

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