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En cas de clash avec l’Allemagne pour l’avion de chasse du futur, la France pourrait prendre la perche tendue par son « nouvel » allié asiatique : l’Inde

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Une ambition claire pour l’Inde : ne pas rater la prochaine révolution aérienne. Selon plusieurs rapports issus de son ministère de la Défense, New Delhi cherche activement à rejoindre l’un …

En cas de clash avec l'Allemagne pour l'avion de chasse du futur, la France pourrait prendre la perche tendue par son « nouvel » allié asiatique : l'Inde

Une ambition claire pour l’Inde : ne pas rater la prochaine révolution aérienne.

Selon plusieurs rapports issus de son ministère de la Défense, New Delhi cherche activement à rejoindre l’un des deux grands programmes européens de chasseurs de sixième génération. L’objectif est simple : ne pas prendre de retard dans la course aux avions de combat du futur, alors que la guerre moderne devient de plus en plus dépendante de la supériorité aérienne et de la connectivité des systèmes.

Dans un document présenté au Parlement indien, les autorités évoquent clairement leur intention de s’associer à un consortium existant plutôt que de repartir de zéro. Une stratégie pragmatique, dictée par les difficultés rencontrées sur les programmes nationaux.

On va voir que cette nouvelle pourrait trouver un écho favorable chez un pays européen en particulier : la France.

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Deux programmes européens et deux visions du combat aérien

Aujourd’hui, l’Europe développe deux projets majeurs, qui structurent déjà la prochaine génération de puissance aérienne :

  • Le FCAS ou Future Combat Air System / Système de Combat Aérien du Futur ou SCAF (en français), porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne
  • Le GCAP (Global Combat Air Programme), mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon

Ces programmes ne se limitent pas à un avion et reposent sur un écosystème complet :

  • Un chasseur de nouvelle génération
  • Des drones de combat collaboratif (wingman)
  • Un système informatique sécurisé pour connecter toutes les plateformes associées

Autrement dit, il ne s’agit plus simplement de piloter un avion, mais de diriger un système de combat distribué, où l’information devient une arme.

La France fait partie des 3 nations au monde à posséder un bataillon d’hélicoptères dédié aux opérations spéciales et ce dernier va recevoir 18 NH90 FS cet été

Pourquoi l’Inde cherche à rejoindre les programmes SCAF et GCAP ?

Malgré l’acquisition de Dassault Rafale, l’Inde peine à moderniser l’ensemble de sa flotte. Le programme national Tejas, censé incarner l’autonomie stratégique, accumule retards et difficultés techniques.

Quant au futur chasseur furtif indien, l’AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft), il reste encore très en amont :

  • Pas encore d’appel d’offres officiel
  • Premier prototype attendu vers 2031
  • Entrée en service incertaine

Dans ce contexte, rejoindre un programme existant permettrait d’accélérer l’accès aux technologies critiques tout en partageant les coûts de développement.

L’Inde joue-t-elle la carte française sur un SCAF fragilisé ?

Derrière l’intérêt affiché par New Delhi pour les programmes européens, on peut même une loupe pour regarder le cas du SCAF et se poser cette question : et si l’Inde cherchait à exploiter les fractures internes du SCAF pour se rapprocher directement de la France ? Car aujourd’hui, le programme n’avance plus vraiment. Pire, il vacille.

Lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le SCAF devait incarner l’avenir de la défense aérienne européenne. Un projet colossal, estimé à près de 100 milliards d’euros pour un système ne comprenant pas que l’avion (le NGF pour New Generation Fighter) mais tout un système de combat avec missiles, drones etc

Malheureusement, depuis plusieurs mois, les tensions entre Dassault Aviation et Airbus ont franchi un cap et on ne parle plus de simples divergences techniques, mais d’un affrontement industriel et politique.

Dassault, fort de son expérience avec le Rafale, exige un leadership clair sur le NGF. Son PDG, Éric Trappier, a été particulièrement direct début 2026, accusant Airbus de « torpiller » le programme et allant jusqu’à affirmer que le projet pourrait mourir sans clarification immédiate. En face, Airbus, soutenu par l’Allemagne et l’Espagne, refuse de se contenter d’un rôle secondaire et défend une gouvernance plus équilibrée.

La fracture est telle qu’un scénario impensable il y a encore quelques années est désormais évoqué ouvertement : un programme à deux avions.

Scénario Description
SCAF unifié NGF piloté par Dassault avec coopération renforcée
SCAF fragmenté Un chasseur Dassault (France) + un chasseur Airbus (Allemagne/partenaires)

Ce plan B, évoqué par le patron d’Airbus Guillaume Faury, serait un séisme industriel et stratégique. Il signifierait la fin de l’ambition d’un système de combat aérien réellement européen.

Dans ce contexte, l’intérêt manifesté par l’Inde prend une toute autre dimension. New Delhi veut « forcer » sa chance et montrer à la France qu’en cas de rupture avec l’Allemagne, tout ne serait pas fini.

D’autant que l’Inde n’est plus un pays du tiers monde sans moyen financier ou technologique :

Une relation franco-indienne déjà importante et en pleine accélération

Ce scénario d’un rapprochement direct entre Paris et New Delhi s’inscrirait dans une dynamique très concrète entre les deux pays puisque ces dernières années, la France et l’Inde ont signé une série de contrats majeurs qui structurent déjà une relation stratégique profonde.

Le socle, c’est évidemment le Rafale. Le contrat initial de 36 appareils signé en 2016 (7,87 milliards d’euros) a été suivi de livraisons étalées jusqu’en 2024, avec un package complet incluant missiles MBDA (Meteor, MICA, SCALP) et systèmes Thales. Mais depuis, la coopération a franchi un cap.

En 2024-2025, New Delhi a signé un accord intergouvernemental pour 26 Rafale Marine (Rafale-M) destinés au porte-avions INS Vikrant. Montant : environ 7,4 à 7,5 milliards de dollars (≈ 6,8 à 7 milliards d’euros), incluant armements, maintenance et modernisation de la flotte existante. Un contrat historique, puisqu’il s’agit du premier export de la version navale du Rafale.

Enfin (et surtout), début 2026, l’Inde a validé le principe d’une méga-commande de 114 avions de combat, dont une large part de Rafale. L’ensemble représenterait environ 33,4 milliards d’euros, avec une dimension industrielle majeure : assemblage local dans le cadre du programme Make in India.

La coopération ne se limite pas à l’aérien. Sur le plan naval, la France est également solidement implantée avec les sous-marins Scorpène. Après un premier programme de six unités (classe Kalvari), un nouvel accord prévoit trois sous-marins supplémentaires, construits en Inde avec Naval Group et Mazagon Dock. Ces bâtiments intègrent notamment :

  • Le système de combat SUBTICS
  • Des sonars Thales
  • Un soutien logistique sur le long terme

À cela s’ajoute tout un écosystème d’équipements :

  • Missiles Meteor, MICA, SCALP, Hammer
  • Radars et capteurs Thales
  • Systèmes électroniques embarqués

Résultat : sur la période 2019-2023, la France est devenue le deuxième fournisseur d’armes de l’Inde, représentant environ 30 % des exportations françaises de défense !

Cette intensité industrielle donne du poids à l’hypothèse évoquée plus haut. Si le SCAF continue de s’enliser, Paris dispose déjà d’une relation suffisamment solide pour basculer vers un partenariat bilatéral renforcé avec l’Inde, potentiellement sur des briques technologiques de la prochaine génération.

Résumé des grands contrats franco-indiens (2021–2026) :

Année Type d’équipement Partenaire industriel Ordre de grandeur de valeur
2019-2024 36 Rafale (livraisons + support) Dassault / MBDA / Thales 7,87 milliards d’euros
2024-2025 26 Rafale-M (marine) Dassault / Naval Group ≈ 7,4–7,5 milliards de dollars
2024-2025 3 sous-marins Scorpène supplémentaires Naval Group / Mazagon Dock Inclus dans les accords globaux 2024-2025
2026 (approbation) 114 avions de combat (dont Rafale) Dassault / MBDA / Thales ≈ 33,4 milliards d’euros

Dans ce contexte, la question change de nature. Il ne s’agit plus seulement de savoir si l’Inde peut rejoindre un programme européen. Mais plutôt de comprendre si elle est déjà en train de construire, avec la France, une alternative crédible aux grands consortiums européens.

On notera pour finir, avec un petit sourire, que l’Inde semble tout faire pour paraître agréable aux yeux de la France comme le prouve encore ce récent post du premier ministre indien :

 

Sources :

  • The Economic Times, India Looking to Join One of Two European Consortia Developing 6th-Gen Fighter Jets: Parliamentary Panel Report (12 mars 2026),
    https://economictimes.indiatimes.com/news/defence/india-looking-to-join-one-of-two-european-consortia-developing-6th-gen-fighter-jets-par-panel-report/articleshow/129662916.cms
    article d’actualité rapportant l’intérêt de l’Inde pour rejoindre un programme européen de chasseur de 6e génération, en s’appuyant sur un rapport parlementaire évoquant les options entre les projets FCAS et GCAP.
  • The Times of India, India Eyes Joining One of Europe’s 6th-Gen Fighter Projects: Parliamentary Report (13 mars 2026),
    https://timesofindia.indiatimes.com/defence/news/india-eyes-joining-one-of-europes-6th-gen-fighter-projects-parliamentary-report/articleshow/129687537.cms
    article confirmant les discussions autour d’une possible participation indienne à un programme européen de chasseur de nouvelle génération, avec des enjeux industriels, technologiques et stratégiques pour New Delhi.

Image de mise en avant : Un Dassault Rafale (RB-002) de l’Indian Air Force photographié sur le tarmac de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac (LFBD).

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron