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La France dévoile le FLP-T 150, un « HIMARS européen » sans ITAR : 150 km de portée pour reprendre la main au sol sur sa dépendance aux Etats-Unis

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Said LARIBI

Said LARIBI

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ArianeGroup et Thales viennent de montrer le FLP-T 150, un lance-roquettes longue portée pensé pour frapper à 150 km tout en échappant aux contraintes ITAR. Derrière la vitrine, Paris cherche …

La France dévoile le FLP-T 150, un « HIMARS européen » sans ITAR : 150 km de portée pour reprendre la main au sol sur sa dépendance aux Etats-Unis

ArianeGroup et Thales viennent de montrer le FLP-T 150, un lance-roquettes longue portée pensé pour frapper à 150 km tout en échappant aux contraintes ITAR. Derrière la vitrine, Paris cherche surtout à reconstruire une frappe en profondeur crédible d’ici 2030.

La guerre moderne a remis l’artillerie longue portée au centre du jeu, et l’Europe a découvert un problème embarrassant : elle dépend trop souvent des autorisations américaines. Avec le FLP-T 150, la France promet un lanceur mobile, précis et “résilient” au brouillage, capable d’engager loin même quand le GPS est perturbé. Les essais en vol sont annoncés au premier semestre 2026, juste avant des tirs de démonstration organisés par la DGA en mai 2026. Si le calendrier tient, la France aura remis une capacité clé sur la table : frapper derrière le front, sans demander la permission.

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Un besoin urgent, 9 LRU seulement et une portée devenue trop courte

Le déclencheur est simple : l’Armée de Terre arrive au bout de ses lance-roquettes unitaires (LRU), dérivés du M270, et il n’en resterait que 9 en service opérationnel. Leur portée maximale, autour de 70 km, ne correspond plus aux exigences d’une artillerie moderne, surtout face à un adversaire capable de frapper plus loin, plus vite, et de saturer la défense. Le cahier des charges qui circule est clair : au moins 150 km de portée, une précision “à quelques mètres”, et une capacité à fonctionner en guerre électronique. En haute intensité, la question n’est plus seulement “est-ce que ça tire loin ?”, mais “est-ce que ça tire loin quand on vous brouille et qu’on vous traque ?”.

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FLP-T 150, la première image d’un lanceur pensé comme un module

Les visuels publiés montrent un lanceur installé sur un camion Mercedes-Benz Zetros 8×8, avec une cabine blindée et un conteneur rectangulaire unique à l’arrière. Dans ce conteneur, on distingue 8 modules de roquettes disposés en deux rangées de quatre. Ce choix tranche avec certains standards : un HIMARS emporte généralement un pod de 6 roquettes, tandis que d’autres systèmes jouent la logique “deux pods” indépendants selon la munition. L’intérêt du conteneur “tout-en-un” est évident : simplifier le rechargement, standardiser la manutention, et accélérer la remise en batterie. Dans un duel d’artillerie, la mobilité est une arme : tirer, bouger, se cacher. Le FLP-T 150 vise donc la mobilité autant que la puissance.

Le nerf de la guerre, sortir du piège ITAR pour garder la main

Le mot le plus important du dossier, ce n’est pas “150 km”. C’est ITAR. Les composants soumis à contrôle d’export américain peuvent ralentir, conditionner ou bloquer des livraisons, des rechanges, voire des munitions, selon le contexte politique. Or, l’artillerie longue portée est précisément le type de capacité où les stocks et les cadences font la différence. En annonçant un développement sans composants américains soumis à autorisation, ArianeGroup et Thales vendent une promesse de souveraineté et de disponibilité. Pour les armées européennes, c’est un argument massif : pouvoir acheter, produire et exporter sans se retrouver prisonnier d’un calendrier externe.

ArianeGroup dévoile la fusée FLP-T 150 pour la future capacité de frappe terrestre à longue portée de la France.
ArianeGroup dévoile la fusée FLP-T 150 pour la future capacité de frappe terrestre à longue portée de la France.

La munition ArianeGroup, précision à quelques mètres même sans GPS

Le cœur du système, ce n’est pas le camion, c’est la roquette. ArianeGroup décrit une munition sol-sol guidée à 150 km, avec une précision annoncée dans l’ordre de “quelques mètres”, y compris quand la navigation satellite est dégradée. Cette capacité est devenue indispensable : la guerre électronique vise d’abord à aveugler, puis à forcer l’adversaire à tirer “au bruit”. La roquette longue portée suit une trajectoire balistique à arc élevé, avec une vitesse terminale importante, ce qui exige des corrections en vol. ArianeGroup met en avant son expérience sur des trajectoires balistiques via l’espace (Ariane) et d’autres programmes. Le message : la guidance est le vrai combat, pas la poudre.

Un calendrier serré, essais au premier semestre 2026 et démonstrations en mai

Le programme joue gros sur le tempo. Des vols d’essai sont annoncés au premier semestre 2026, avec des démonstrations de tirs par la DGA en mai 2026. Autrement dit, la sélection industrielle se ferait sur des performances vues “en vrai”, pas sur des PowerPoint. Ce format de compétition a un avantage : il réduit le risque de promesses trop optimistes. Il a aussi un défaut : il pousse les industriels à montrer rapidement quelque chose de crédible. Dans l’artillerie, un prototype “qui tire” vaut souvent plus que dix brochures, parce que la précision et la robustesse se voient en conditions réelles.

La bataille des alternatives, Foudre, Thundart, EuroPULS, GMARS, Pinaka

Le FLP-T 150 n’est pas seul. La France a aussi vu émerger des solutions nationales concurrentes, comme Foudre (Turgis & Gaillard) et Thundart (MBDA/Safran), annoncé lui aussi à 150 km avec des briques de guidage dérivées de l’AASM. À l’échelle européenne, des options existent également : EuroPULS, GMARS, ou des solutions hybrides où le “made in Europe” s’appuie encore sur des coopérations non européennes. La France avait même regardé l’option indienne Pinaka, liée à des discussions industrielles plus larges. Ce foisonnement dit une chose : tout le monde a compris que la frappe en profondeur est redevenue une capacité structurante, et qu’il faut la reconstruire vite.

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L’enjeu réel, une capacité divisionnaire en 2027 et des livraisons d’ici 2030

Le programme FLP-T est souvent évoqué autour d’une enveloppe d’environ 600 millions d’euros, avec un achat initial d’au moins 13 lanceurs livrés d’ici 2030. Ce n’est pas une flotte gigantesque, mais c’est un point de départ pour éviter la disparition pure et simple de la fonction “roquettes” au sein de l’Armée de Terre. Doubler la portée par rapport aux LRU actuels change la carte : on peut frapper des dépôts, des ponts, des postes de commandement et des batteries adverses plus loin derrière le front, tout en restant plus en arrière soi-même. Dans une guerre de contre-batterie, cela améliore la survivabilité et la profondeur.

Système Portée typique évoquée Logique de pods Dépendance export
LRU (actuel) ~70 km pods MLRS dépendance historique
FLP-T 150 150 km 1 conteneur, 8 modules annoncé sans ITAR
HIMARS (référence) variable 1 pod (6 roquettes) autorisations US
Solutions européennes diverses variable selon munition dépendances mixtes

 

Source : Thales

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