La Belgique a ouvert des discussions autour du CH-53K King Stallion, un géant du transport lourd capable de lever plus de 16 000 kg en essais, dans le cadre d’un programme d’environ 1,3 milliard d’euros. Derrière l’effet vitrine, c’est un choix de souveraineté et de projection qui se joue.
Bruxelles ne cherche pas un hélicoptère “de plus”, elle cherche un outil de transport lourd qui manquait cruellement. Après des retraits, des flottes en transition et des besoins qui montent, le pays regarde un appareil conçu pour porter, loin, et dans des conditions difficiles. Le CH-53K, lui, n’est pas un compromis : il a été pensé pour déplacer de la masse, vite, avec une avionique moderne. Reste la question qui fâche toujours : combien ça coûte vraiment, et qu’est-ce qu’on achète au-delà du métal.
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Une flotte belge en chantier, et une fenêtre qui se referme
La Belgique sort d’une période de recomposition. En 2025, elle a retiré ses NH90 TTH, jugés trop coûteux et pas assez disponibles, tout en conservant les NH90 NFH pour les missions maritimes. Dans le même temps, les A109BA des années 1990 glissent vers la sortie. Résultat : un puzzle à reconstruire avec des capacités bien séparées, du léger polyvalent, du sauvetage en mer, et enfin du transport lourd. Le pays a déjà sécurisé une base avec des Airbus H145M via l’agence d’achats de l’OTAN, avec des livraisons attendues à partir de 2026 et une mise en service visée fin 2027. Un volet recherche et sauvetage prévoit aussi quatre nouveaux appareils basés à Koksijde, pour environ 232 millions d’euros. Mais aucun de ces segments ne répond à la question du “gros lift”.
Le programme à 1,3 milliard d’euros, 11 hélicos pour les missions dures
Le cœur du sujet est là : un plan d’environ 1,3 milliard d’euros pour acquérir près de 11 hélicoptères de transport lourd, destinés au soutien des forces spéciales et à la projection. Ce volume dit déjà beaucoup. On ne parle pas d’un gadget, mais d’une capacité structurante, avec des besoins en formation, en pièces, et en infrastructure. C’est dans ce cadre que la Belgique a pris contact avec l’autorité américaine NAVAIR et l’industriel Sikorsky autour du CH-53K. L’appareil apparaît comme un candidat pour une montée en puissance vers la fin de la décennie, typiquement autour de 2028-2030. Là aussi, le calendrier est une contrainte : attendre, c’est risquer de subir le marché.
Le CH-53K, un monstre de puissance qui assume son rôle
Le CH-53K King Stallion est le plus grand et le plus lourd hélicoptère en service dans les forces armées américaines. Sa carte de visite tient en quelques chiffres. En essais, il a démontré un levage externe jusqu’à 16 329 kg. En conditions “chaud et haut”, il est donné capable d’emporter 12 247 kg sur un rayon de mission de 204 km. Ce n’est pas de l’esbroufe. L’hélico a été conçu pour remplacer le CH-53E, avec une architecture largement refondue : cellule, transmission, rotor. Il embarque trois moteurs GE T408 d’environ 5 590 kW chacun, pour gagner en puissancetout en consommant moins à effort comparable. Dans l’esprit, c’est un camion volant moderne, pas un rafistolage.

Ce qui se paie vraiment, la transmission, la maintenance et le numérique
Un hélicoptère lourd ne se juge pas seulement à ce qu’il soulève. Il se juge à ce qu’il coûte à garder en ligne. Le CH-53K met en avant une avionique “verre” et un pilotage électrique fly-by-wire, avec redondance, pour réduire la charge de travail et améliorer le vol en environnement dégradé. Il embarque aussi un système de suivi de santé de l’appareil, type maintenance prédictive, qui vise à anticiper les pannes. Ce détail est central pour un pays comme la Belgique : acheter un gros hélico et le laisser au sol faute de pièces serait un échec politique. La promesse ici est double : disponibilité plus prévisibilité des coûts. Mais la promesse dépend du contrat de soutien, du stock, et de la discipline logistique.
L’argument tactique, déplacer du lourd sans attendre un avion cargo
Le transport lourd par hélicoptère comble un trou entre le camion et l’avion. Il permet de déposer du matériel là où il n’y a pas de piste, et de le faire vite. Le CH-53K peut transporter en cabine des palettes standard et des charges volumineuses, et il vise des missions de soutien au combat, d’évacuation et de projection. Dans une Europe où les crises peuvent surgir près des frontières, la capacité à déplacer du matériel en terrain difficile est redevenue précieuse. Pour des forces spéciales, cela peut être la différence entre une insertion discrète et une opération trop visible. Le “lift” n’est pas glamour, mais il est souvent décisif.

Le prix réel, l’histoire du programme rappelle pourquoi il faut rester froid
Le CH-53K a eu un parcours long. Les estimations de coûts de programme américain évoquaient, au début des années 2010, environ 23,17 milliards de dollars pour 200 appareils, soit environ 21,3 milliards d’euros au taux de change courant. Des contrats de prototypes tournaient autour de 435 millions de dollars, soit environ 400 millions d’euros. Plus récemment, un lot de 35 appareils a été signé pour 2,77 milliards de dollars, soit environ 2,55 milliards d’euros, et un contrat pouvant aller jusqu’à 10,85 milliards de dollars, soit environ 10,0 milliards d’euros, a été annoncé pour de futurs lots sur plusieurs années. Ces conversions restent indicatives, mais elles rappellent une règle : l’appareil est une machine coûteuse, et les risques techniques ont déjà existé. Une décision belge devra donc regarder le coût d’achat, mais aussi le coût d’exploitation, la disponibilité, et le niveau d’intégration avec les alliés.
Le vrai choix belge, alignement OTAN, autonomie, et effet de flotte
Choisir le CH-53K, c’est s’arrimer à une filière américaine lourde, avec des avantages clairs en interopérabilité et en disponibilité de pièces sur le long terme, si la production continue. C’est aussi accepter une dépendance contractuelle et industrielle. À l’inverse, ne pas choisir une solution de cette catégorie, c’est limiter la capacité de transport lourd et s’appuyer davantage sur des alliés. Pour une flotte de 11 appareils, l’effet de seuil est brutal : chaque hélico indisponible se voit. La Belgique devra donc arbitrer entre la performance maximale et la capacité à tenir une cadence opérationnelle réaliste. Et c’est souvent là que les programmes se gagnent ou se perdent.
| Repères clés | Valeur |
| Programme belge transport lourd | ~1,3 Md€ |
| Volume envisagé | ~11 hélicoptères |
| Levage démontré CH-53K | 16 329 kg |
| Charge en “chaud et haut” sur 204 km | 12 247 kg |
| Vitesse de croisière annoncée | 315 km/h |
| Autonomie annoncée | 852 km |
Source : Military Helicopter 2026 conference