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Ce nouveau missile hypersonique américain ne cherche pas seulement à aller vite mais à être produit en masse et ce virage industriel pourrait être un vrai coup de tonnerre

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Said LARIBI

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Ursa Major a dévoilé HAVOC, un système hypersonique pensé pour être adaptable, produit en série et tiré depuis plusieurs plateformes, du chasseur au lanceur vertical. Derrière le discours sur la …

Ce nouveau missile hypersonique américain ne cherche pas seulement à aller vite mais à être produit en masse et ce virage industriel pourrait être un vrai coup de tonnerre

Ursa Major a dévoilé HAVOC, un système hypersonique pensé pour être adaptable, produit en série et tiré depuis plusieurs plateformes, du chasseur au lanceur vertical. Derrière le discours sur la vitesse, le vrai enjeu est industriel et stratégique.

Les missiles hypersoniques font fantasmer parce qu’ils font peur, ils vont vite, manœuvrent, et compressent les délais de réaction. Mais la course actuelle ne se joue pas seulement sur la performance, elle se joue sur la capacité à livrer, à un prix supportable, en quantités crédibles. C’est précisément l’angle d’Ursa Major, une entreprise du Colorado qui mise sur un missile “module de base” réutilisable. Et quand un industriel insiste autant sur la production, c’est qu’il a compris où se gagne la guerre moderne.

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HAVOC, un nom agressif pour une idée simple, standardiser l’hypersonique

Le système HAVOC est présenté comme un missile de portée intermédiaire propulsé par un moteur-fusée à ergols liquides. L’idée n’est pas seulement de faire “Mach 5”, c’est de construire une brique qui se décline. Ursa Major insiste sur un concept de module central capable d’être adapté à différents moteurs d’appoint et à différentes plateformes de lancement. Dit autrement, on ne vend pas un missile unique, on vend une famille, conçue pour sortir vite des lignes. Dans les annonces, un point ressort, la capacité à modifier sa vitesse en vol. C’est un élément important, car un profil hypersonique ne sert pas qu’à aller plus vite, il sert à rendre la trajectoire moins prévisible. Dans un monde saturé de capteurs, une arme qui garde de la flexibilité complique l’interception. La promesse, ici, c’est une manœuvrabilité utile, pas seulement un chiffre flatteur.

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Mach 5, d’accord, mais ce que ça change vraiment sur un théâtre

On résume l’hypersonique à “cinq fois la vitesse du son”. À niveau de mer, cela correspond grossièrement à environ 6 175 km/h. Sur le terrain, l’intérêt n’est pas la vitesse pour la vitesse, mais le temps gagné sur la chaîne décisionnelle adverse. Plus une arme arrive vite, plus elle met sous pression la défense, les radars, les postes de commandement et les moyens d’interception. Cela dit, l’hypersonique n’est pas magique. Il faut des capteurs pour désigner la cible, des communications pour actualiser, et une précision suffisante si l’arme n’est pas nucléaire. C’est là que le débat devient technique et politique : la performance brute ne suffit pas, il faut un écosystème ciblage plus précision. Sans cela, l’arme reste impressionnante mais incomplète.

Le choix qui surprend, un moteur liquide et une logique de réglage en vol

Ursa Major met en avant un moteur à ergols liquides, ce qui tranche avec l’image classique des missiles à propulsion solide, souvent associés à la simplicité et au stockage long terme. L’intérêt du liquide est de permettre davantage de contrôle sur la poussée, donc sur le profil de vol et la gestion d’énergie. C’est cohérent avec l’idée de “changer de vitesse” en vol. Le revers, c’est la complexité logistique. Les systèmes à ergols liquides demandent des procédures, des contrôles, et une discipline de sécurité plus lourde. Le pari, donc, est d’obtenir une flexibilité opérationnelle sans rendre le système ingérable en condition réelle. Et c’est précisément pour cela que l’industriel parle d’armes conçues pour être fabriquéeset déployées rapidement, pas seulement démontrées.

De nouveaux missiles hypersoniques destinés aux avions de chasse et aux systèmes terrestres ont été dévoilés
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Avion de chasse, bombardier, lanceur vertical, et même “hors atmosphère”

La promesse la plus spectaculaire est la polyvalence. HAVOC serait adaptable à des tirs depuis des avions, des lanceurs terrestres, et potentiellement des systèmes de lancement vertical. L’objectif est clair : multiplier les options de déploiement pour compliquer la planification adverse. Ursa Major évoque aussi une utilisation “hors atmosphère”. Il faut lire cela avec prudence. Une capacité à opérer à très haute altitude ou sur un profil exo-atmosphérique n’est pas la même chose qu’une arme “tirée depuis l’espace” au sens grand public. Mais le message est efficace, il suggère une flexibilité de trajectoire et une compatibilité avec des architectures futures. Là encore, la communication vise à créer une image de système évolutif.

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Les programmes hypersoniques américains existent depuis longtemps, mais ont souvent avancé lentement. Pendant ce temps, la Russie et la Chine ont occupé le terrain médiatique et, selon plusieurs analyses publiques, ont multiplié les essais. Cette perception a transformé l’hypersonique en priorité politique, avec une pression pour livrer. Un rapport du Congressional Research Service a rappelé un point crucial : la plupart des armes hypersoniques américaines sont pensées en conventionnel, alors que certains systèmes russes et chinois sont associés à une option nucléaire. La différence est lourde, une arme conventionnelle exige plus de précision et devient plus difficile à développer. C’est une contrainte technique, mais aussi une contrainte de doctrine.

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L’argument qui pique, la production en masse comme vraie arme stratégique

Le PDG d’Ursa Major insiste sur la capacité à produire en quantité. Ce n’est pas un slogan. Une arme rare impressionne, une arme produite en volume dissuade. Si l’hypersonique reste un bijou hors de prix, il ne change pas l’équation d’une guerre longue. Si, au contraire, il devient industrialisable, il force l’adversaire à dépenser en défenses, en capteurs, en intercepteurs, et en dispersion. C’est là que HAVOC se place : une approche “moins exotique, plus livrable”. La vraie question n’est pas seulement “est-ce que ça va vite ?”, mais “combien d’unités peuvent être livrées, à quel rythme, et avec quelle fiabilité ?”. Autrement dit, série plus cadence.

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La zone grise la plus dangereuse, perception de menace et risque d’escalade

Les missiles hypersoniques posent un problème stratégique : ils ressemblent à des vecteurs de première frappe, parce qu’ils réduisent le temps de réaction et peuvent viser des cibles à haute valeur. Certains analystes rappellent que cela peut alimenter des erreurs de calcul, surtout si l’adversaire hésite sur la nature de la charge, conventionnelle ou nucléaire. Le même rapport du CRS souligne que des divergences de perception et d’échelles d’escalade peuvent conduire à une escalade non désirée. C’est la part sombre de l’hypersonique : même si l’arme est conventionnelle, elle peut être interprétée autrement. Dans ce contexte, un système comme HAVOC n’est pas seulement un objet technique, c’est un objet politique.

Programme hypersonique Branche associée Idée clé
Long-Range Hypersonic Weapon Armée frappe longue distance terrestre
Hypersonic Attack Cruise Missile Armée de l’air missile de croisière rapide
Conventional Prompt Strike Marine frappe conventionnelle prompt
HAVOC (Ursa Major) Industriel système modulaire et industrialisable

 

Source : Ursa Major

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