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Les États-Unis découvrent un “trou furtif” qui peut coûter très cher face à la Chine et le calendrier du Pentagone ne rassure personne

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Said LARIBI

Said LARIBI

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Le Pentagone découvre le piège qui fait le plus mal : si la flotte furtive n’est pas assez nombreuse, la dissuasion se fissure, car l’adversaire peut abriter ses forces loin …

Les États-Unis découvrent un “trou furtif” qui peut coûter très cher face à la Chine et le calendrier du Pentagone ne rassure personne

Le Pentagone découvre le piège qui fait le plus mal : si la flotte furtive n’est pas assez nombreuse, la dissuasion se fissure, car l’adversaire peut abriter ses forces loin à l’intérieur du territoire et frapper depuis des “sanctuaires”.

Depuis des mois, les signaux s’empilent : programmes longs, quantités limitées, menaces qui accélèrent. Dans ce contexte, une note très commentée remet une question brutale sur la table : “combien” d’avions furtifs faut-il vraiment. Pas pour gagner une bataille de communication, mais pour tenir un théâtre immense, jour après jour, sans épuiser la flotte. Et derrière les chiffres, c’est une doctrine entière qui vacille : compter sur le tir à distance, ou accepter de pénétrer.

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Le “trou furtif” : quand la quantité devient une arme stratégique

Le débat paraît technique, mais il est en réalité politique, opérationnel et très simple à comprendre. Une flotte furtive, ce n’est pas seulement des appareils capables d’échapper aux radars : c’est une capacité à en aligner assez, assez souvent, sur une durée longue. Or, les plans souvent cités autour d’environ 185 chasseurs de nouvelle génération et 100 bombardiersfurtifs dessinent une force précieuse… mais potentiellement trop rare. Dans un affrontement majeur, la rareté crée un effet domino : on protège les avions, on limite les sorties, on concentre les missions, et l’ennemi retrouve de l’air. La logique des auteurs qui alertent est limpide : face à un adversaire qui a de la profondeur stratégique, il ne suffit pas de “tenir la périphérie”. Si la puissance adverse peut conserver l’essentiel de ses moyens dans des zones éloignées, protégées, durcies, alors la guerre devient asymétrique : vous dépensez vos munitions et votre fatigue pour contenir, pendant que l’autre conserve son réservoir de coups. Dans cette vision, la furtivité n’est pas un gadget, c’est un passeport. Mais un passeport en quantité limitée ne fait pas voyager une armée entière. Au fond, l’expression “trou furtif” renvoie à une peur très concrète : ne pas pouvoir saturer, remplacer, durer. Dans un conflit à haute intensité, les indisponibilités, la maintenance, les contraintes météo, l’usure, les rotations d’équipages, tout réduit la flotte “réellement” disponible. Les chiffres bruts ne sont jamais les chiffres utiles. Et c’est là que l’inquiétude prend racine.

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Pourquoi les armes à distance ne suffisent pas toujours

Sur le papier, on pourrait se dire : “Pourquoi risquer des avions, si des missiles peuvent frapper de loin ?” C’est séduisant, c’est moderne, et ça a sa part de vérité. Mais le tir à distance a des limites, surtout quand l’adversaire comprend le jeu. D’abord, la portée : si des objectifs critiques sont installés loin à l’intérieur des terres, à des centaines de kilomètres, par exemple 500 km ou 800 km au-delà du littoral, l’accès devient un casse-tête. Ensuite, la densité : un théâtre vaste impose une quantité de frappes, de leurres, de brouillages et de fenêtres d’opportunité qu’on ne fabrique pas par magie. Autre limite, souvent sous-estimée : l’adversaire durcit, enterre, disperse. Plus une cible est durcie, enterrée, mobile, plus la simple “frappe à distance” perd en garantie. Certaines cibles demandent un angle, un timing, une confirmation, parfois une munition spécifique. Et surtout, elles demandent une chose que le stand-off n’offre pas toujours : la capacité à entrer, observer, corriger. Enfin, il y a une dimension de psychologie stratégique : si vous annoncez que vous ne frapperez jamais “dans la profondeur”, vous offrez un mode d’emploi. L’adversaire n’a plus qu’à se replier, stocker, réparer, relancer. Dans cette lecture, la dissuasion exige la capacité crédible de mettre en danger les “sanctuaires”. Pas forcément d’y aller dès le premier jour, mais d’être capable de le faire.

Avion de chasse F-47 de l'armée de l'air américaine.
Avion de chasse F-47 de l’armée de l’air américaine.

Les “sanctuaires” : le vrai levier d’un adversaire continental

Un pays continental qui prépare un conflit majeur ne place pas tout sur la côte. Il garde des stocks, des états-majors, des moyens de missiles, des systèmes de soutien dans la profondeur, parfois à plus de 1 000 km des zones de contact. C’est une assurance-vie : même si la périphérie est contestée, la machine continue à produire des coups. C’est ici que la logique des “sanctuaires” devient centrale. Si l’adversaire peut lancer des attaques aériennes et missiles depuis des zones difficiles à atteindre, vous vous retrouvez dans une posture défensive prolongée. Vous combattez “à la frontière” pendant que le centre de gravité ennemi, lui, respire. Le danger n’est pas seulement militaire : il est industriel. Plus le conflit dure, plus l’écart entre une industrie qui peut soutenir l’effort et une flotte qui s’épuise devient fatal. Dans ce cadre, les analystes qui appellent à une flotte furtive “à l’échelle” plaident pour une capacité de pénétration durable. Pas pour faire de la démonstration, mais pour empêcher l’adversaire de croire qu’il existe une zone où il peut s’organiser en toute sécurité. Et cela renvoie à une question très terre-à-terre : combien d’avions faut-il pour tenir simultanément des missions de dissuasion, frappe, escorte, guerre électronique, et garder des réserves, tout en absorbant les indisponibilités ? C’est là que le chiffre de “plusieurs centaines” revient comme un seuil psychologique.

“Fait accompli” : l’effet choc qui fait perdre la guerre avant de la commencer

Le scénario redouté, celui qui revient comme un refrain, ressemble à un coup de force rapide : occuper, s’installer, rendre la marche arrière trop coûteuse. Un “fait accompli” ne cherche pas forcément à détruire l’adversaire ; il cherche à le mettre devant un choix impossible. Accepter la perte, ou escalader à un prix humain et politique gigantesque. Dans cette logique, les forces déjà déployées, les alliances, les bases, les groupes navals, tout compte. Mais le point de friction, selon les analystes qui s’inquiètent, est ailleurs : même si vous empêchez le “coup rapide”, que faites-vous ensuite ? Si l’adversaire conserve dans ses sanctuaires l’essentiel de ses capacités de frappe longue portée, il peut étirer le conflit, user votre logistique, menacer vos arrières, et rendre chaque jour plus difficile. La dissuasion ne consiste donc pas seulement à bloquer l’entrée, mais à montrer qu’on peut punir la profondeur. Et pour punir la profondeur, il faut des moyens capables de traverser un environnement saturé de radars, de missiles sol-air, de chasseurs, de brouilleurs. Autrement dit : des plateformes furtives, endurance, massives en nombre. On comprend alors la tension : la puissance aérienne moderne coûte cher et prend du temps. Mais si elle n’est pas produite en quantité suffisante, elle devient un outil “de prestige” plutôt qu’un outil “de guerre”.

Le bombardier B-21 Raider a été présenté au public lors d'une cérémonie le 2 décembre 2022 à Palmdale, en Californie. Conçu pour opérer dans l'environnement de menaces de haute intensité de demain, le B-21 jouera un rôle crucial pour garantir la pérennité de la puissance aérienne américaine. (Photo de l'US Air Force)
Le bombardier B-21 Raider a été présenté au public lors d’une cérémonie le 2 décembre 2022 à Palmdale, en Californie. Conçu pour opérer dans l’environnement de menaces de haute intensité de demain, le B-21 jouera un rôle crucial pour garantir la pérennité de la puissance aérienne américaine. (Photo de l’US Air Force)

Bombardiers et chasseurs furtifs : la différence entre pénétrer et simplement contenir

Il faut distinguer deux idées souvent mélangées. “Contenir” signifie empêcher l’adversaire d’agir librement à la périphérie, avec des missiles, des avions, des sous-marins, des défenses. “Pénétrer” signifie entrer dans son espace protégé pour détruire ce qui alimente sa puissance de frappe. Ce n’est pas une nuance : c’est une autre guerre. Les bombardiers furtifs de longue portée incarnent l’idée de pénétration : aller loin, frapper des objectifs critiques, revenir, et répéter. Les chasseurs furtifs, eux, servent à ouvrir la voie, protéger, chasser, escorter, et parfois frapper aussi. Dans une campagne réelle, vous avez besoin des deux, parce que l’un sans l’autre devient fragile. Le bombardier seul devient une cible s’il ne peut pas compter sur une architecture de protection. Le chasseur seul s’épuise s’il doit tout faire, tout le temps. C’est aussi une question de rythme. Une flotte furtive “petite” impose des arbitrages douloureux : quelles cibles, quel jour, à quel risque, au détriment de quelle autre mission. Une flotte plus large permet de multiplier les axes, de maintenir la pression, de créer de l’incertitude chez l’adversaire. Et surtout, elle évite l’erreur la plus classique : croire que la technologie compense le nombre. Dans l’histoire militaire, la technologie donne un avantage, mais elle ne supprime jamais la contrainte du temps et de l’usure.

Shown is a graphical artist rendering of the Next Generation Air Dominance (NGAD) Platform. The rendering highlights the Air Force’s sixth generation fighter, the F-47. The NGAD Platform will bring lethal, next-generation technologies to ensure air superiority for the Joint Force in any conflict. (U.S. Air Force graphic)
Shown is a graphical artist rendering of the Next Generation Air Dominance (NGAD) Platform. The rendering highlights the Air Force’s sixth generation fighter, the F-47. The NGAD Platform will bring lethal, next-generation technologies to ensure air superiority for the Joint Force in any conflict. (U.S. Air Force graphic)

La “punchline” enterrée : certaines cibles ne cèdent pas au stand-off

Il existe une réalité brutale que même les non-spécialistes saisissent vite : toutes les cibles ne se valent pas. Une piste d’aviation, un radar, un dépôt, un pont, ce sont des objectifs “classiques”. Mais certaines cibles sont conçues pour survivre : bunkers, sites enterrés, infrastructures durcies, centres de commandement enfouis. Là, la question n’est pas de “toucher”, mais de percer, détruire, confirmer. Les analystes qui défendent la pénétration rappellent un principe : les munitions à distance ne donnent pas toujours l’effet terminal nécessaire contre le très durci, surtout si l’adversaire a multiplié les couches de protection. Dans ce cas, la plateforme qui apporte l’arme la plus adaptée, au bon moment, avec la bonne trajectoire, redevient centrale. Cela ne veut pas dire qu’il faut “tout pénétrer” en permanence. Cela veut dire qu’il faut que l’adversaire sache que vous pouvez le faire. C’est cette possibilité qui pèse dans le calcul politique. Et c’est précisément ce que menace un “trou furtif” : l’idée que, faute de volume, la pénétration devient exceptionnelle, donc prévisible, donc contournable. On retrouve ici l’argument des auteurs : si on réduit les acquisitions pour des raisons budgétaires, on fabrique une force magnifique… mais qui ne tient pas la cadence d’une crise majeure.

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La vraie bataille : production, maintenance, logiciels et cycles d’attrition

Le sujet est souvent raconté comme une histoire d’avions. En réalité, c’est une histoire de système. Une flotte furtive “à l’échelle” exige une industrie qui produit, répare, modernise et met à jour. Elle exige des chaînes de maintenance qui ne s’effondrent pas sous la charge. Elle exige des pièces, des bancs de test, des compétences, des hangars, des formations. Et elle exige aussi une approche plus moderne : considérer l’avion comme une plateforme logicielle, évolutive, mise à jour. Une menace qui change vite impose des boucles de modernisation rapides. Si les cycles sont trop longs, l’avion arrive “bon” pour la guerre d’hier. Si les cycles sont trop rigides, on n’absorbe pas les retours d’expérience. C’est ici que le débat sur la quantité rejoint celui du tempo industriel. Avoir plus d’avions, ce n’est pas seulement acheter plus, c’est aussi pouvoir les tenir à niveau sur 20, 30, parfois 40 ans. Une flotte réduite peut sembler moins chère, mais elle peut devenir plus coûteuse à l’usage, parce qu’elle s’use plus vite, parce qu’on la sollicite trop, parce qu’on n’a pas de marge. Pour un lecteur non expert, la traduction est simple : la furtivité est une clé, mais une clé unique ne suffit pas quand il faut ouvrir une dizaine de portes en même temps, tous les jours, sous pression.

Tableau des dates et jalons cités ou implicites

Jalons et repères Date / horizon Pourquoi c’est important
Présentation publique du B-21 (cérémonie) 2 décembre 2022 Point de départ symbolique de la montée en puissance
Arrivée d’un 2e B-21 pour essais (Edwards AFB) 11 septembre 2025 Accélère les tests, la maintenance et la mise au point
Référence à des frappes furtives (cas d’école cité) juin 2025 Sert d’argument sur la valeur de la pénétration
Plan souvent évoqué pour la taille de flotte (ordre de grandeur) seconde moitié des années 2020 Alimente la controverse sur “trop peu, trop tard”
Horizon de dissuasion mentionné vers 2040 Fenêtre stratégique où l’équilibre pourrait basculer

 

Source : 19fortyfive

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