Quand le fond des océans devient un espace de manœuvre à part entière.
Avec le Lamprey Multi-Mission Autonomous Undersea Vehicle, Lockheed Martin ne propose pas un simple drone sous-marin de plus et introduit une nouvelle façon d’occuper la profondeur, sans équipage, sans dépendance permanente à un bâtiment mère, et avec une logique opérationnelle très claire : aller loin, rester longtemps et agir seul.
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Lamprey, un véhicule qui voyage comme un parasite marin
Le concept central de Lamprey pourrait être rapproché d’une lamproie (d’où il tire son nom) ou d’une rémora, ce poisson qui s’accroche tel un parasite sur les requins et autres grands animaux des profondeurs pour se déplacer. Le véhicule peut s’accrocher de la même façon à un navire de surface ou à un sous-marin. Il se fait ensuite discret passager, traverse les océans sans consommer sa propre énergie, puis se détache une fois arrivé sur zone.
Les drones sous-marins classiques doivent souvent parcourir de longues distances par leurs propres moyens, ce qui entame leur autonomie avant même le début de la mission. Lamprey arrive batteries pleines, prêt à travailler.
🇺🇸 @LockheedMartin vient de présenter un nouveau drone sous-marin baptisé #Lamprey. L’idée : un engin autonome et modulable, conçu pour des missions discrètes de surveillance, de renseignement et d’actions sur les fonds marins, y compris dans des zones très surveillées.
Sa… pic.twitter.com/DTD9eYMyT1
— OpexNews (@OpexNews) February 10, 2026
L’hydrogène comme réserve cachée
Une fois déployé, Lamprey ne dépend pas uniquement de sa batterie initiale. Le véhicule intègre en effet des hydrogénateurs, capables de recharger les batteries sur la durée.
On ne parle pas ici d’une recharge rapide façon port USB mais d’un système pensé pour prolonger la persistance sous-marine, là où le ravitaillement est presque impossible.
Une architecture pensée autour de la mission, pas de la coque
Lamprey est conçu autour d’un principe simple. La mission dicte la charge utile, pas l’inverse.
Le compartiment interne adopte une architecture ouverte, modulaire, où l’on peut installer des charges très différentes : torpilles anti-sous-marines, capteurs de renseignement, moyens de guerre électronique, dispositifs de déception, voire lanceurs de drones aériens capables de quitter la mer pour rejoindre le ciel.
Cette logique « plug-and-play » transforme le véhicule en outil adaptable. Le même châssis peut servir à observer, perturber, tromper ou frapper, selon le besoin du moment.
Deux rôles, une seule plateforme
Lamprey est pensé pour basculer entre deux grands registres opérationnels :
- D’un côté, l’accès garanti : discrétion, renseignement persistant, surveillance de zones contestées, frappes précises si nécessaire,
- De l’autre, le déni maritime : brouillage, déploiement de leurres, attaques ciblées, occupation du fond marin.
Au lieu de multiplier les plateformes spécialisées, Lockheed Martin propose un seul vecteur capable de changer de posture. C’est une approche très actuelle, dictée par la complexité des théâtres navals modernes.
Une réponse directe à la militarisation des grands fonds
Les fonds océaniques ne sont plus neutres depuis des décennies : câbles de communication, capteurs, infrastructures énergétiques, routes sous-marines… en clair c’est désormais une zone stratégique à conquérir et à contrôler.
Lamprey est conçu pour contrôler le fond, y déposer des équipements, y surveiller des zones sensibles, y empêcher l’adversaire de manœuvrer librement.
Un projet financé en interne, signe d’une urgence industrielle
Lamprey a été financé sur fonds propres par Lockheed Martin, la première entreprise d’armement au monde avec environ 63 milliards d’euros en 2025. D’autres industriels avancent eux aussi très vite sur le terrain des drones sous-marins novateurs, avec des approches parfois très différentes mais un même constat de départ : le fond des océans devient stratégique.
Boeing a ouvert la voie avec l’Orca XLUUV, un drone sous-marin de grande taille pensé pour les missions longues, capable d’emporter des charges utiles lourdes et d’opérer très loin des bases.
Anduril Industries explore une logique plus distribuée avec des drones sous-marins autonomes et collaboratifs, conçus pour fonctionner en essaim et saturer la surveillance adverse à moindre coût.
En Europe, Saab développe la famille AUV62 et des systèmes modulaires orientés entraînement, guerre des mines et renseignement, avec une forte intégration dans les marines existantes. Huntington Ingalls Industries pousse de son côté des concepts de drones sous-marins lourds interopérables avec les sous-marins habités, tandis que L3Harris mise sur des plateformes autonomes très endurantes, centrées sur la détection acoustique et la surveillance persistante.
Enfin, en Chine, plusieurs entités liées à China State Shipbuilding Corporation travaillent sur des drones sous-marins capables de patrouiller longtemps en zone littorale et autour des infrastructures critiques, avec une priorité donnée au volume et à la présence continue plus qu’à la sophistication individuelle. Pris ensemble, ces projets montrent une tendance nette : le sous-marin du futur ne sera pas seulement un grand bâtiment habité, il sera accompagné, étendu et parfois remplacé par des machines silencieuses et autonomes.
La France n’est pas en reste avec des acteurs comme Exail qui en le vent en poupe :
Exemples de concepts de drones sous-marins en projet en 2026
| Entreprise | Système / concept | Type de drone | Missions principales | Niveau de maturité |
| Lockheed Martin | Lamprey MMAUV | Drone sous-marin autonome multi-missions | Renseignement, déni maritime, frappe, déploiement fond marin | Avancé |
| Boeing | Orca XLUUV | Drone sous-marin lourd longue endurance | Missions longues, charges lourdes, opérations lointaines | Pré-opérationnel |
| Anduril Industries | Concepts AUV collaboratifs | Drones autonomes distribués | Surveillance, saturation, guerre informationnelle | Développement rapide |
| Saab | AUV62 et dérivés | Drones modulaires | Guerre des mines, entraînement, ISR | Opérationnel |
| Huntington Ingalls | AUV lourds intégrés | Drones sous-marins interopérables | Appui aux sous-marins, missions spéciales | Développement |
| L3Harris | AUV endurants | Drones de surveillance acoustique | Détection, veille persistante | Opérationnel |
| Chine (CSSC) | Prototypes AUV côtiers | Drones sous-marins autonomes | Surveillance littorale, infrastructures | Déploiement limité |
Source : Lockheed Martin