Des lasers plutôt que des missiles : l’Allemagne prépare une petite révolution navale.
Berlin vient de valider une décision qui pourrait transformer durablement la défense navale européenne. Deux industriels majeurs, l’allemand Rheinmetall et le consortium européen (dont le siège est en France) MBDA ont annoncé la création prochaine d’une coentreprise dédiée aux armes laser militaires.
Une structure industrielle, pensée pour développer, produire et livrer un système opérationnel, destiné en priorité à la marine allemande. La création de la société devrait avoir lieu durant le premier trimestre 2026.
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MBDA et Rheinmetall vont créer une entreprise exclusivement dédiée aux armes laser militaires
Depuis quelques année, les menaces courtes portées se multiplient pour les navires de guerre, et elles coûtent de moins en moins cher à produire : drones aériens, munitions rôdeuses, essaims rapides etc
Tirer un missile guidé à plusieurs centaines de milliers d’euros pour neutraliser un drone qui en coûte quelques milliers n’a plus beaucoup de sens.
C’est en ce sens que le laser a été étudié : une énergie projetée à la vitesse de la lumière, sans munition classique, sans stock explosif, avec une précision chirurgicale. Tant que le navire produit de l’électricité, il peut tirer.
L’Allemagne a choisi de ne plus attendre que la technologie mûrisse ailleurs.
Un système déjà éprouvé en mer, pas un concept de laboratoire
Le système a déjà été testé pendant un an en conditions réelles, embarqué sur un bâtiment de la marine allemande. Plus de 100 essais de poursuite et de tir, sur des cibles variées, y compris sans point d’appui visuel sur le relief ou l’horizon.
Le laser est capable de suivre de manière stable une cible de la taille d’une pièce de un euro, à longue distance, malgré le roulis, les vibrations, l’humidité, les turbulences atmosphériques.
La précision est telle que l’énergie peut être concentrée exactement sur la cible, sans dépassement, limitant fortement les dommages collatéraux. Pour une marine opérant souvent près des côtes, des ports ou des routes commerciales, cet argument pèse lourd.
Une coentreprise pour aller vite et garder la main
La décision de créer une GmbH de droit allemand (équivalent de notre SARL) n’est pas neutre. Elle permet de réunir, sous une même structure, les compétences complémentaires des deux groupes. Rheinmetall apporte sa maîtrise des systèmes d’armes et de l’intégration navale. MBDA apporte son expertise des capteurs, de la conduite de tir et des architectures complexes.
L’objectif est de conserver la technologie en Allemagne, sécuriser la chaîne d’approvisionnement, créer et maintenir des emplois sur le long terme. Dans un contexte de tensions industrielles et de dépendances critiques, ce choix relève autant de la souveraineté que de la performance.
De la mer vers la terre, même logique, autres usages
Le laser en version « navale » ne sera que le début pour la future entreprise. Le système testé en mer servira de base à des applications terrestres, notamment pour la lutte anti-drones autour d’infrastructures sensibles.
Après sa campagne d’essais embarquée, le démonstrateur a été transféré au centre d’essais WTD 91 à Meppen, référence allemande en matière d’armement. Il y est de nouveau opérationnel, utilisé pour affiner les scénarios, valider la robustesse, et adapter le système à d’autres environnements.
La logique est la même : détection rapide, neutralisation précise, coût maîtrisé.
Le laser militaire n’est plus une idée neuve, mais peu savent le rendre opérationnel
L’Allemagne n’arrive pas sur un terrain vierge. D’autres puissances travaillent sur les armes laser depuis plus de quinze ans, souvent poussées par la même équation : des drones de plus en plus nombreux face à des munitions classiques de plus en plus coûteuses. Aux États-Unis, plusieurs systèmes existent déjà, testés en mer comme à terre, avec des puissances dépassant parfois les 100 kilowatts.
En Israël, le laser est pensé comme un complément direct au Dôme de Fer, pour intercepter roquettes et drones à très courte portée. Le Royaume-Uni et la Chine avancent aussi, chacun avec sa philosophie, ses démonstrateurs et ses limites industrielles.
La différence tient rarement à la puissance annoncée. Elle se joue sur la stabilité du faisceau, la capacité à suivre une cible mobile en environnement réel, l’intégration au système de combat du navire, et surtout la capacité à produire en série. C’est précisément sur ce terrain que la coentreprise Rheinmetall–MBDA entend se positionner : moins de promesses, plus de systèmes qualifiés, livrables, et utilisables par une marine opérationnelle.
Armes laser militaires de type naval / anti-drone dans le monde (état fin 2025)
| Pays | Entreprise | Nom du système | Puissance annoncée | Plateforme cible | Niveau de maturité | Usage principal | Points différenciants |
| Allemagne | Rheinmetall / MBDA | Naval High Energy Laser (HEL) | 50 à 100 kW (modulaire) | Frégates, corvettes | Testé en mer 12 mois, >100 tirs | Anti-drone, cibles aériennes rapides | Stabilité du faisceau en environnement maritime réel, intégration CMS |
| États-Unis | Lockheed Martin | HELIOS | ~60 kW | Destroyers Arleigh Burke | Déployé à bord (USS Preble) | Anti-drone, ISR, éblouissement capteurs | Première intégration opérationnelle US Navy |
| États-Unis | Northrop Grumman | M-SHORAD HEL | 50 kW | Véhicules terrestres | Essais opérationnels | Anti-drone courte portée | Intégration mobile, défense de point |
| Israël | Rafael | Iron Beam | ~100 kW | Terrestre (fixe et mobile) | Pré-opérationnel | Roquettes, drones, mortiers | Complément du Dôme de Fer, tir à coût quasi nul |
| Royaume-Uni | BAE Systems | DragonFire | ~50 kW | Naval et terrestre | Démonstrateur avancé | Anti-drone, cibles aériennes | Très haute précision optique, faible dispersion |
| Chine | Industrie d’État | LW-30 / équivalents navals | Non communiqué (estimé >50 kW) | Terrestre, naval | Capacités revendiquées | Anti-drone, défense de site | Peu de données publiques, doctrine saturation |
| France | CILAS / Thales | HELMA-P / démonstrateurs navals | 20 à 40 kW | Terrestre / essais navals | Déployé JO 2024, essais mer | Anti-drone courte portée | Maturité terrestre, naval encore en montée |
Source : Rheinmetall &MBDA