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La France est bien décidée à armer « jusqu’aux dents » la Pologne avec un nouvel accord qui vise à produire 600 000 charges modulaires pour obus de 155 mm

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Une alliance industrielle montée sans bruit entre la France et la Pologne. Pendant que les fronts consomment les stocks de munitions à une vitesse industrielle, Varsovie accélère en coulisses. la …

La France est bien décidée à armer « jusqu'aux dents » la Pologne avec un nouvel accord qui vise à produire 600 000 charges modulaires pour obus de 155 mm

Une alliance industrielle montée sans bruit entre la France et la Pologne.

Pendant que les fronts consomment les stocks de munitions à une vitesse industrielle, Varsovie accélère en coulisses. la Pologne a verrouillé fin 2025 un accord clé pour produire localement des centaines de milliers de charges d’artillerie de 155 mm.

Derrière cette manœuvre, une alliance mêlant industriels polonais et savoir-faire français, peut-être un tournant durable pour l’industrie européenne de défense.

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Une alliance entre le français Eurenco et le polonais PGZ pour produire en Pologne des charges modulaires pour obus de 155 mm

Polska Grupa Zbrojeniowa, sa filiale MESKO et le groupe français Eurenco. Trois acteurs, trois compétences complémentaires pour un objectif commun : produire en Pologne des charges modulaires pour obus de 155 mm, au standard OTAN.

Pour PGZ et MESKO, l’enjeu est clair. La guerre en Ukraine a mis en lumière une faiblesse partagée par presque toutes les armées européennes : la dépendance à des chaînes d’approvisionnement longues, fragmentées, parfois incapables de suivre le rythme des conflits modernes.

Pour Eurenco, spécialiste des composants énergétiques, l’accord ouvre une voie stratégique : ancrer durablement son savoir-faire au cœur du flanc est de l’Europe.

Le président de PGZ, Sebastian Chwałek, ne s’en cache pas. L’accord doit permettre à la Pologne de tenir la distance, sur la durée, sans attendre des livraisons venues de l’extérieur. L’artillerie n’est plus un appoint. Elle est redevenue l’ossature du combat terrestre.

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Le nerf discret de l’artillerie moderne

Les charges modulaires sont le cœur invisible de l’artillerie de 155 mm. Ce sont elles qui permettent d’ajuster la portée, la trajectoire et l’effet terminal d’un tir, en fonction de la mission. Sans elles, un canon moderne n’est qu’un tube vide.

Ces charges sont utilisées aussi bien par les canons Krab polonais que par les CAESAR français ou d’autres systèmes OTAN. Leur production exige une maîtrise fine des matériaux énergétiques, des procédés industriels rigoureux et des standards de sécurité élevés. Jusqu’ici, la Pologne importait largement ces composants, principalement depuis l’Europe occidentale.

Avec cette joint-venture entre MESKO et Eurenco, la logique change. La future usine, dont l’implantation exacte reste confidentielle, vise une capacité maximale annoncée de 600 000 charges modulaires par an. Un chiffre qui dépasse largement les besoins immédiats des forces armées polonaises et inscrit d’emblée le projet dans une dimension régionale, voire continentale.

Développée en moins de 18 mois par les équipes de Bergerac et de Karlskoga, la nouvelle charge modulaire de 155 mm intègre pour la première fois l’impression 3D de matériaux énergétiques et une production robotisée à grande cadence.Cette extension de gamme vise les principaux systèmes d’artillerie de 155 mm en service.
Développée en moins de 18 mois par les équipes de Bergerac et de Karlskoga, la nouvelle charge modulaire de 155 mm intègre pour la première fois l’impression 3D de matériaux énergétiques et une production robotisée à grande cadence.
Cette extension de gamme vise les principaux systèmes d’artillerie de 155 mm en service.

Le transfert de technologie comme arme stratégique

L’élément central réside dans le transfert de technologies critiques depuis la France vers la Pologne. Eurenco apporte son expertise accumulée sur plusieurs décennies, notamment dans la formulation, l’assemblage et la sécurisation des composants énergétiques.

Ce transfert implique la mise en place d’une chaîne complète, depuis la fabrication jusqu’au contrôle qualité, avec des standards compatibles avec les exigences OTAN. Pour Varsovie, c’est un pas décisif vers l’autonomie industrielle. Pour Paris, c’est aussi une manière d’inscrire son industrie dans une logique de coopération européenne renforcée, sans dilution du savoir-faire.

Dans un contexte où chaque rupture logistique peut devenir un facteur de vulnérabilité stratégique, la capacité à produire localement des éléments critiques devient un levier de souveraineté. La Pologne l’a compris, et agit sans attendre.

La Pologne en futur hub de l’artillerie OTAN

Impossible de comprendre cet accord sans regarder vers l’est. Le conflit ukrainien a rappelé une réalité brute : l’artillerie consomme. Beaucoup. Très vite. Les stocks fondent en quelques semaines, parfois en quelques jours, si l’intensité est élevée. Or, reconstituer ces stocks prend du temps, surtout lorsque la production est dispersée entre plusieurs pays.

En internalisant la production de charges modulaires, la Pologne réduit drastiquement ce risque. Elle se donne la capacité de soutenir un effort prolongé, sans dépendre de calendriers industriels étrangers. Cette approche répond aussi aux attentes de l’OTAN, qui pousse ses membres à renforcer la résilience collective par la diversification et la sécurisation des capacités de production.

Selon plusieurs sources militaires européennes, cette future usine pourrait, à terme, alimenter des stocks mutualisés ou répondre à des commandes alliées en cas de crise majeure. La logique n’est plus seulement nationale. Elle devient stratégique à l’échelle de l’alliance.

Sur le plan industriel, l’impact est tout aussi significatif. La joint-venture MESKO–Eurenco pourrait entraîner dans son sillage un tissu de sous-traitants polonais, des PME spécialisées, des fournisseurs de matériaux et de services. À la clé, des emplois qualifiés, une montée en compétences et un renforcement durable de l’écosystème de défense national.

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Une coopération européenne qui dépasse le symbole

Cet accord franco-polonais arrive à un moment particulier. Bruxelles appelle depuis des mois à une coopération accrue dans le domaine des munitions, considérées comme l’un des points faibles de la défense européenne. Ici, la coopération n’est pas un slogan. Elle se traduit par des lignes de production, des volumes chiffrés, des transferts concrets.

Le partenariat entre PGZ, MESKO et Eurenco pourrait faire école. D’autres pays observent de près cette initiative, notamment ceux qui disposent de systèmes d’artillerie OTAN mais manquent de capacités industrielles suffisantes pour soutenir un effort prolongé.

Dans un paysage géopolitique marqué par l’incertitude et la durée, cette alliance montre une chose : l’autonomie stratégique ne se proclame pas, elle se fabrique. Parfois loin des caméras, souvent dans le bruit sourd des ateliers industriels.

Récapitulatif du projet franco-polonais :

Élément Donnée clé
Partenaires industriels PGZ, MESKO, Eurenco
Type de production Charges modulaires pour obus de 155 mm
Capacité annuelle visée Jusqu’à 600 000 unités
Destination principale Forces armées polonaises et pays OTAN
Modèle industriel Joint-venture MESKO–Eurenco
Enjeu stratégique Autonomie industrielle et résilience logistique

 

Sources :

  • Business Insider Polska
    « Polska Grupa Zbrojeniowa tworzy spółkę z Francuzami. Pomoże w produkcji amunicji »
    (La Polska Grupa Zbrojeniowa crée une coentreprise avec des partenaires français pour soutenir la production de munitions)
    https://businessinsider.com.pl/biznes/polska-grupa-zbrojeniowa-tworzy-spolke-z-francuzami-pomoze-w-produkcji-amunicji/c6t0y01
  • MESKO S.A.
    « PGZ, MESKO i Eurenco podpisały strategiczne porozumienia »
    (PGZ, MESKO et Eurenco ont signé des accords stratégiques)
    https://www.mesko.com.pl/aktualnosci/pgz-mesko-i-eurenco-podpisaly-strategiczne-porozumienia
  • Polska Zbrojna
    « PGZ i MESKO rozwijają produkcję amunicji 155 mm »
    (PGZ et MESKO développent la production de munitions de 155 mm)
    https://polska-zbrojna.pl/Mobile/ArticleShow/45356

Image : Le principal canon d’artillerie actuellement en service dans l’armée polonaise est l’obusier automoteur de 155 mm AHS Krab, monté sur châssis et utilisé comme système d’artillerie de campagne moderne. Il constitue l’arme d’artillerie la plus importante et répandue au sein des régiments d’artillerie polonais, compatible avec les munitions OTAN de 155 mm.

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron