Une alerte venue du ciel, basse altitude et haute tension.
Depuis plusieurs semaines, le ciel français n’est plus seulement traversé par des avions de ligne ou des hélicoptères militaires. Des drones non identifiés, souvent petits, parfois rudimentaires, ont survolé des sites parmi les plus sensibles du pays comme Mourmelon, vaste camp d’entraînement de l’armée de terre, un convoi ferroviaire transportant des chars Leclerc à Mulhouse Nord, l’usine Eurenco de Bergerac, où l’on fabrique des poudres et des propergols et surtout l’Île-Longue, cœur battant de la dissuasion nucléaire française, où sont basés les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins !
Ces incursions n’amusent pas du tout les autorités supérieures du pays puisque nous rentrons dans une ère où un engin à quelques milliers d’euros peut venir chatouiller des infrastructures qui en valent des milliards.
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La France achète en urgence 2 systèmes de luttes contre les drones
Face à cette série de survols, le ministère des Armées a décidé de réagir promptement. Le 26 décembre 2025, la Direction de la maintenance aéronautique a notifié en procédure d’urgence opérationnelle l’acquisition de deux systèmes de lutte anti-drones.
Les outils existent déjà dans les forces françaises, mais il y a des trous dans la raquette, surtout face à des menaces opportunistes, imprévisibles, capables d’apparaître n’importe où, n’importe quand. Cette procédure souligne l’urgence de la situation car elle n’est pas pas activée à la légère.
Des sites sensibles testés comme des serrures
Les lieux survolés dessinent une cartographie inquiétante : des sites nucléaires, es infrastructures industrielles critiques, nœuds logistiques et centres de renseignement, comme le pôle interarmées de Creil-Senlis, anciennement base aérienne 110. Autant de serrures que quelqu’un semble tester, une à une, sans forcément chercher à entrer, juste à vérifier lesquelles grincent.
Sur le terrain, les réactions ont parfois été improvisées. Fusils brouilleurs portables. Tentatives de neutralisation au fusil de calibre 12 dans les cas les plus tendus. Des solutions de dernier recours, peu adaptées à des drones discrets, rapides, parfois autonomes.
Le constat est rude. La basse altitude est devenue un angle mort stratégique.
Les avertissements venus des chefs militaires
Cette inquiétude n’est pas sortie de nulle part. À l’automne, devant les parlementaires, le chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, le général Jérôme Bellanger, avait évoqué des scénarios de saturation par essaims de drones lors d’exercices récents. Son verdict avait surpris par sa franchise. Le résultat était « perfectible ».
Dans le langage militaire, ce mot pèse lourd. Il signifie que les défenses existantes peuvent être débordées, non pas par des missiles sophistiqués, mais par une nuée d’objets volants peu chers, coordonnés, sacrifiables. Une logique de harcèlement plus que de destruction, où l’effet psychologique compte autant que l’effet militaire.
Un arsenal anti-drones déjà dense, mais incomplet
La France n’est pas partie de zéro. L’armée de l’air et de l’espace déploie déjà MILAD, BASSALT et PARADE, des systèmes capables de détecter, suivre et perturber des drones hostiles. Des hélicoptères Fennec emportent aussi des charges de guerre électronique adaptées à ce type de menace.
Côté armée de terre, l’effort est tout aussi visible. PROTEUS, avec son canon de 20 millimètres monté sur affût tracté, couplé à une conduite de tir et à de l’intelligence artificielle. Des VAB équipés du système ARLAD. Des solutions en évaluation comme SPART, un brouilleur portable intelligent, ou HADDES, un capteur passif radiofréquence développé par M2 Technologies.
Le problème n’est pas l’absence de solutions. Le problème est le temps de réaction, la couverture permanente de certains sites, et la capacité à identifier rapidement un drone avant même de chercher à le neutraliser.
TRUSTCOMS, un renfort ciblé et immédiatement disponible
C’est là qu’intervient la commande passée à la société française TRUSTCOMS. Deux briques complémentaires ont été retenues. Infodrone pour voir. DroneBlocker pour agir.
Infodrone exploite le signal d’identification à distance, désormais obligatoire sur la majorité des drones civils. Une sorte de plaque d’immatriculation numérique. Selon le fabricant, environ 95 % des drones commerciaux peuvent être détectés et localisés de cette manière. Le système est léger, rapide à déployer, particulièrement adapté à la protection de sites fixes ou d’événements sensibles.
DroneBlocker apporte la couche de neutralisation. Brouillage continu des liaisons radio et des signaux de navigation par satellite. Capacité annoncée de neutralisation de jusqu’à 99 % des drones. Un point retient l’attention. Le système sait différencier les drones amis des drones hostiles. Un détail en apparence. Un enjeu majeur sur le terrain, où les forces utilisent elles-mêmes de plus en plus de drones.
Une rustine assumée en attendant plus large
Les contrats notifiés à TRUSTCOMS n’ont pas vocation à remplacer les grands programmes en cours. Ils comblent un vide immédiat, en attendant des architectures plus intégrées, plus étendues, capables de gérer la menace drone à l’échelle nationale et sur les théâtres extérieurs.
La France adapte son dispositif en temps réel, parfois dans l’inconfort. Elle accepte l’idée que la supériorité technologique ne se joue plus seulement dans les airs à haute altitude, mais aussi dans ce volume invisible, entre les arbres et les toits, où un simple quadricoptère peut devenir un signal d’alarme stratégique.
La liste ci-dessous regroupe les moyens de lutte anti-drone publiquement documentés dans les armées françaises (armée de l’air et de l’espace, armée de terre, marine) et au niveau ministériel. Certains matériels restent logiquement peu détaillés en source ouverte.
Moyens mis à disposition de l’Armée française pour lutter contre les drones
| Armée / service | Moyen | Catégorie | Fonction principale | Type d’effet | Emploi typique | Statut (source ouverte) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Armée de l’air et de l’espace | MILAD | Système « lourd » | Détection + suivi + perturbation | Brouillage / guerre électronique | Protection de bases aériennes, sites sensibles | En service :contentReference[oaicite:0]{index=0} |
| Armée de l’air et de l’espace | BASSALT | Système « lourd » | Détection + suivi (radar/optronique/goniométrie) + neutralisation | Brouillage | Protection de bases / grands événements | En service :contentReference[oaicite:1]{index=1} |
| Armée de l’air et de l’espace | PARADE | Système « lourd » | Chaîne complète C2 + capteurs + effecteurs | Détection multi-capteurs + brouillage | Protection 360° (sites, événements), interconnexion C2 | Déployé / montées en puissance :contentReference[oaicite:2]{index=2} |
| Ministère des Armées (DGA / interarmées) | HELMA-P (CILAS) | Énergie dirigée | Neutralisation physique de drones | Laser (portée annoncée ~ 1 000 m) | Protection de sites / événements, complément au brouillage | Déployé + commandes supplémentaires :contentReference[oaicite:3]{index=3} |
| Armée de terre | VAB ARLAD | Plateforme mobile | Détection / appui LAD au profit des unités | Capteurs + intégration (selon configuration) | Protection de convois, emprises, unités en manœuvre | Entrée en service / montée en parc :contentReference[oaicite:4]{index=4} |
| Armée de terre | PROTEUS (20 mm sur 53T2) | Effet cinétique | Neutralisation « hard kill » de drones | Canon de 20 mm + conduite de tir/optronique | Protection rapprochée d’unités, points sensibles | Production annoncée ≥ 50 exemplaires :contentReference[oaicite:5]{index=5} |
| Armée de terre | NEROD RF | Portatif | Neutralisation de drones commerciaux | Brouillage (multi-fréquentiel) | Protection de proximité, garde, patrouilles | Présenté comme en dotation :contentReference[oaicite:6]{index=6} |
| Armée de terre | NEROD F5-5 | Portatif directionnel | Perturbation/neutralisation des liaisons drone | Brouillage hyperfréquences | Réaction immédiate, protection rapprochée | Référencé armée de terre :contentReference[oaicite:7]{index=7} |
| Armée de terre (évaluations / renfort combattant) | HADDES (MC2) | Détection passive | Détecter / identifier via émissions RF | Capteur RF passif (avec IA embarquée selon fournisseur) | Détection en environnement saturé, discrétion | Présenté comme moyen pressenti/renfort :contentReference[oaicite:8]{index=8} |
| Armée de terre / forces (selon dotations) | SPART (MC2) | Brouilleur portatif | Neutraliser par brouillage « intelligent » | Brouillage | Protection du combattant débarqué / unités | Production / livraisons évoquées :contentReference[oaicite:9]{index=9} |
| Interarmées (renfort urgent 2025) | Infodrone (TRUSTCOMS) | Identification / détection | Localiser via Remote ID (signal d’identification) | Exploitation de balise numérique | Sites fixes, événements, levée de doute rapide | Commande en urgence opérationnelle :contentReference[oaicite:10]{index=10} |
| Interarmées (renfort urgent 2025) | DroneBlocker (TRUSTCOMS) | Neutralisation | Brouillage des liaisons + GNSS | Brouillage | Protection de sites sensibles, y compris zones urbaines | Commande en urgence opérationnelle :contentReference[oaicite:11]{index=11} |
| Armée de l’air et de l’espace | Charge(s) de guerre électronique sur hélicoptères Fennec | Plateforme aéroportée | Renfort de détection/perturbation selon mission | Guerre électronique | Protection ponctuelle, mobilité, bulle temporaire | Mentionné dans la posture LAD :contentReference[oaicite:12]{index=12} |
Source : DMAé – Direction de la Maintenance Aéronautique (LinkedIn)