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Stress post-traumatique : le ministère de la Défense lance le numéro d’appel national « Écoute Défense »


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  • Spécialiste

(...)« Écoute Défense » est un service du ministère de la Défense

permettant de joindre des psychologues du service de santé des armées

24h sur 24, 7 jours sur 7.

Il est accessible au 08 08 800 321.

Ce service permet d’orienter le militaire, l’ancien militaire ou le

membre de la famille d’un militaire vers le correspondant le mieux

adapté à la prise en charge diagnostique et thérapeutique. L'appelant

sera invité à prendre contact prioritairement avec les soignants du

service de santé des armées ou, à défaut, du système de santé public en

fonction de l'urgence, la localisation géographique et le libre-choix du

patient.

« La levée des tabous et l’accessibilité des services

d’écoute et d’information doivent permettre une meilleure connaissance

du syndrome de stress post-traumatique. C’est un service que le

ministère de la Défense doit rendre à ses agents et à leurs proches », a déclaré le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.(...)

 

Info disponible sur  : http://www.defense.gouv.fr/sante/a-la-une/une-2013/stress-post-traumatique-le-ministere-de-la-defense-lance-le-numero-d-appel-national-ecoute-defense

Nous tentons de créer un espace de parole pour ça sur le forum  mais nous ne pouvons parler de quelque chose que nous n'ayons vécu. Du moins pas comme la victime de stress.

 

A défaut, cette information me semble importante pour ceux qui souhaite sortir du chaos.

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  • Staff

Oui, ce numéro d'appel est une bonne chose.

Déjà pour les intéressés qui peuvent y trouver une écoute adaptée.

Mais aussi pour les familles. Cela me semble une aide essentielle pour les proches qui vivent un quotidien difficile, mais qui ne peuvent pas toujours trouver seuls des explications à la situation et des remèdes à ces traumatismes.

 

De même, on constate que certains militaires trouvent une solution dans la publication du récit de leur vécu.

 

A chacun sa solution.

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  • 2 weeks later...

Bonjour,

 

La prise de conscience de cette problématique passe en effet par une communication élargie.

Aussi je me permets de mentionner ici le lien vers un infirmier de retour d'Afghanistan. 

 

http://le-blog-agpm.fr/entraide-et-solidarite/linterview-de-sylvain-faviere/lt/42/

 

Je crains toutefois que l'on ne puisse pas véritablement parler de "solution", y compris par des processus d'expulsion (ou d'extériorisation), par le biais de l'écriture (à titre privé ou à travers un ouvrage publié).  Les traumatismes liés à ces expériences particulièrement intenses nous façonnent en profondeur. Il s'agit bien plus qu'un "problème" pour lequel il suffit de "trouver" une solution. 

 

L'impact de ces traumatismes se manifeste au plus profond de nous, dans notre identité, dans nos perceptions de nous-même, dans nos corps et nos consciences. Nous sommes "autre" sans plus savoir qui véritablement.

 

Etre étranger à soi-même, ne plus se reconnaître, parfois ne plus se supporter (comment alors imaginer que nous puissions supporter notre entourage ?), survivre comme une errance, un bateau à la dérive qui n'a plus de gouvernail, à la merci de tous les vents. Comment comprendre l'incompréhensible ? Chercher dans une mémoire aussi fragmentée que le corps a été morcelé ? Qui suis-je ?

 

Dire l'indicible ... Qui peut entendre ces voix qui s'élèvent ?

Qui peut écouter ces récits d'une brutalité terrible, qui peut comprendre ces vies définitivement tourmentées ?

Où la mort semble seule capable d'imposer son silence et sa sérénité aux fantômes du passé qui, presque toutes les nuits, n'ont de cesse de nous hanter ?

 

Je refuse cette fatalité, ensemble nous pouvons avancer. 

 

Par un numéro de téléphone, par des associations, par les compagnons d'armes retrouvés, par un livre écrit, par la fraternité partagée, par les larmes ensemble versées, par ce regard qui en dit long sur les mêmes épreuves traversées.

Par un forum comme ici, par tous les moyens, pour que toutes celles et ceux qui sont affectés par ces traumatismes puissent trouver des outils, les essayer, se les approprier et peut-être parmi eux trouver celui qui véritablement va lui permettre d'avancer.

 

Vers un nouvel équilibre de vie, vers une réappropriation de soi, vers une intense et intime transformation, où les émotions se dissocient enfin des évènements et des mémoires. Le passé ne changera pas. Mais au moins, alors, un futur est possible. 

Chemin de croix, chemin de foi... Défi d'aujourd'hui, défi de toute une vie.

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  • Spécialiste

Si je devais retenir une phrase essentielle de ce témoin  parmi toutes ses phrases importantes, ce serait

A ceux qui en souffrent, je n’aurais qu’un conseil : parler. Ouvrez-vous
à qui vous voulez, personnel médical, ami ou même à un inconnu. Il n’y a
aucune honte à avoir.

 

Tu sembles très sensibilisé sur le sujet Chouette ?

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  • Spécialiste

Alors je suis heureux que tu partages ton expérience avec nous ;)

C'est un sujet que j'affectionne car il concerne beaucoup de monde et en parler ne peut que leur rendre service.

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  • Spécialiste

Franchement, je ne peux qu'apprécier ce reportage.

La partie sur les vétérans US est très prenante. Une nation qui est (presque) constamment en guerre a forcement du recul sur la question et des vétérans brisés.

Un chiffre sur la partie US m'a vraiment interpellé: plus de suicidés chez les vétérans/an que de soldats mort au combat. Les guerres font des morts à retardement.

 

L'intervention du professeur en psychiatrie informe d'une manière plutôt claire je trouve. N'étant pas un spécialiste de la question, j'ai appris pas mal de détails, de caractéristiques sur ce syndrome et ce qui est vraiment dure, c'est que ça peut surgir à distance, lorsqu'on se croit en sécurité des années après....

Le cerveau humain est réellement un organe compliqué.

 

Je viens de commander le livre de Sylvain Favière. Je pense que ce sera aussi difficile à lire que passionnant.

 

Merci Belle d'avoir filé l'info sur cet excellent reportage. Faudrait vraiment que je pense à acheter une TV un jours....mais pas le temps de la regarder !

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Remarquables reportages, sur trois sujets différents mais bien complémentaires.

 

C'est fabuleux d'entendre ainsi plusieurs personnes différentes s'exprimer sur un sujet si délicat, formuler les mots que nous ne savons pas forcément dire encore. Le processus du syndrome post-traumatique est bien décrit, avec ses étapes "silencieuses", et cette façon de jaillir d'un seul coup, quand on ne s'y attend pas.  Les statistiques sont éloquentes également, des taux variables (et en France un taux exceptionnellement bas) comme l'a souligné le journaliste avec sa question un brin impertinente : est-ce que les Français supporteraient mieux le stress que leurs homologues Canadiens ou Américains ? 

 

Le médecin psychiatre a été clair... c'est non. Evidemment. Dans ce domaine la différence de nationalité et de culture n'intervient pas. En revanche, comme il l'a souligné, c'est le facteur temps qui fausse la donne actuellement. Les personnes atteintes vont découvrir au fil du temps la problématique, et progressivement faire monter les statistiques. Ce qui en soit est une bonne chose car cela signifie qu'ils pourront être soutenus, accompagnés, entouré pour s'adapter au mieux à leur nouvel état.

 

Remarquable également le reportage sur les Services spéciaux, à travers le témoignage de deux camarades. Des mots qui parlent pour tous ceux qui sont encore murés dans le silence. Le poids des contraintes, l'isolement vis de sa propre famille. Le témoignage du fils, adolescent, qui découvre à 16 ans (environ) le métier de son père est assez édifiant mais reflète la réalité. Cette double vie est aussi une bombe à retardement... qui a fait exploser bien des couples et des familles.

 

Merci à Belle et Pendemonium pour ce partage, soyez nombreux à regarder cette émission très très intéressante.

Une façon ensuite d'alimenter l'échange.

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  • Spécialiste

Je viens de recevoir le livre de Sylvain Faviere. J'attaque ça et vous donnerai mon impression.

 

De manière tout à fait fortuite, je viens de regarder un film qui traite du sujet : Etat Second

 

http://www.programme-tv.net/cinema/1054695-etat-second/bandes-annonces/

 

Je ne sais pas si ce qui arrive dans ce film est comparable à ce que vit un soldat mais j'y ai retrouvé beaucoup de symptômes décrit dans le reportage.

Vieux film (1993) mais très intéressant.

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Très bonne initiative de mettre en place un tel système et d'encourager les militaires au dialogue avec quiconque pourra les aider dans cette tourmente.

 

Sur le même sujet, le livre "sans blessures apparentes" de Jean Paul Mari semble vraiment enrichissant

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  • 2 weeks later...

Salut !

 

Un ami proche est dans une telle situation, revenu à moitié fou d'une opération clandestine qui a duré 9 mois aux FS. Il cauchemarde chaque nuit... lorsqu'il parvient à trouver le sommeil.

 

Il ne pense plus qu'à ça. Des toubibs ont essayé de lui faire prendre des cachets, il a refusé. Et il refuse également d'en parler.

 

Victime atteinte de SSPT... lorsqu'il refuse de se faire aider, que faire ?

 

Sur le plan clinique, est-ce comparable à une schizophrénie ?

 

Fox

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    • By carlie94
      Voici le retex de la fmir 1 bis que j'ai effectuée en juillet. Je n'ai plus en mémoire le déroulement précis des différents cours et initiations que nous avons eus.
      Nous sommes arrivés le vendredi soir et repartis le jeudi matin suivant. Nous étions une trentaine, avec autant de filles que de garçons. Il y avait des internes (beaucoup d'anesthésiste réanimateur mais aussi des chirurgiens et des spés plus inattendues comme pneumologue ou gynéco), des externes, et même une étudiante vétérinaire, un futur chirurgien dentiste et un interne en pharmacie. Nous étions encadrés par deux officiers et un sous officier tous réservistes du SSA.
      Le programme ressemblait sensiblement à ce qui se fait dans les pmd: cours théoriques sur l'organisation et le rôle du SSA, sur les grades, sur le contre-IED et le combat... Les cours pratiques étaient une initiation: initiation au parcours d'obstacle, au maniement de FAMAS. Nous avons eu la chance de bénéficier d'une séance de SITAL (SImulateur de Tir aux Armes Légères).
      Au niveau physique il n'y avait rien de trop difficile pour quelqu'un qui fait du sport régulièrement, et de toute façon le but n'était pas d'éliminer ceux qui se trouvaient en difficulté, mais cette fmir a été l'occasion pour ceux qui n'étaient pas très aguerris physiquement (ce qui était mon cas) de se rendre compte qu'ils avaient encore du travail à faire, (les encadrants ont apprécié que je sois honnête là dessus en entretien individuel à la fin de la fmir,donc n'ayez pas honte de l'avouer si ça a été un peu rude). La cohésion a d'ailleurs bien joué pour les soutenir. Le groupe s'est très vite soudé, sûrement grâce à son homogénéité, mais aussi parce que chacun était venu motivé.
      Au niveau intellectuel, des cours peu denses comme celui sur la défense ont alterné avec des cours plus riches comme sur le secourisme ou le tir. Là encore rien d'invincible, surtout pour des étudiants en santé.
      L'encadrement était bon mais ils étaient peu nombreux et déjà fatigués de la fmir d'avant, ce qui explique qu'ils ne nous aient rien fait faire de trop extrême
      Comme cette fmir était totalement nouvelle en son genre, le dernier jour nous avons eu la visite de deux médecins chefs des services responsables de la réserve et d'un commissaire aux Armées qui nous ont reçu en entretien de groupe et individuels. Plusieurs faits intéressants en sont ressortis:
      -le projet "cadets du SSA" n'existe pas vraiment, il s'agit plutôt de recruter des étudiants et de les former assez tôt, et de faciliter la conciliation entre les études et la réserve. Ainsi, les externes qui bénéficieront de la réforme du deuxième cycle pourront faire valoir la réserve dans la case "parcours".
      -le SSA cherche des médecins, il ne peut pas se passer de ses réservistes.
      -Nous sommes des testeurs: le projet a l'air prometteur mais c'est à nous de trouver les formations, les opportunités, ce qui sera plus facile pour les internes qui peuvent déjà pratiquer (prescrire, opérer, consulter...) que pour les externes qui ne le peuvent pas. C'est à nous aussi de le valoriser auprès des responsables de facs.
      J'espère que ce retex intéressera d'autres étudiants qui souhaitent se lancer dans l'aventure. A titre personnel je retiens la cohésion, l'esprit de groupe très fort, et la nécessité de se prendre en main pour progresser, je rajouterais même que la réserve, on ne le fait pas que pour la gloire de la patrie, la réussite des armes de la France etc etc... on peut aussi le faire pour soi-même, pour bénéficier d'une formation, pour exercer dans un cadre différent, par goût de l'aventure.
      Si vous avez des questions n'hésitez pas.
       
       
       
       
       
       
       
    • By Bouchon-Gras 49
      En ce jour du 11 novembre 2019, où nous commémorons pour la 101 fois l'armistice et la fin de la Grande guerre mais aussi tous nos soldats morts pour la France en OPEX, une question ce pose ;
      La mort du soldat est elle devenue intolérable ?
      Pour commencer ce sujet, je post un article de France Culture :
       
      Entretien | La société n'accepte plus la mort du soldat comme elle le faisait par le passé. Entre les grandes hécatombes de 14-18 et aujourd'hui, tout a changé. Professeur d'histoire militaire à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Hervé Drévillon analyse ces évolutions.
       
      "Douze ans d'Afghanistan équivalent à 22 minutes de la guerre de 14-18 [en nombre de morts]" : Ces mots sont ceux de l'ancien chef d'état-major de l'armée de Terre Elrick Irastorza dans un documentaire diffusé sur France 2 en 2014. L'Embuscade revenait sur l'attaque des talibans contre un détachement de l'armée française en 2008 dans la vallée d'Uzbin. Cet affrontement avait causé la mort de dix soldats français, bilan le plus lourd depuis l'attentat du Drakkar au Liban en 1983, qui avait tué 58 militaires.
      Dans les deux cas, ces faits ont soulevé une grande émotion. Pourtant, les bilans humains de ces attaques sont loin de ceux des grands conflits du passé. Lors de la Première Guerre mondiale, qui s'est achevée il y a 101 ans, 1,4 millions de soldats français ont été tués. Entre hier et aujourd'hui, beaucoup de choses ont changé : intolérance à la violence, protection de l'individu, respect de la vie humaine, pacification de la société, nouvelles doctrines militaires, prise en compte de l'opinion publique... 
      À l'heure où un mémorial aux soldats morts en opérations extérieures depuis 1963 est inauguré ce lundi, entretien avec l'historien Hervé Drévillon, professeur d’histoire militaire à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directeur de l’institut des études sur la guerre et la paix.
       

      Nombre de soldats français tués lors des principaux conflits depuis 1914.• Crédits : Visactu - Visactu
       
      Le métier de soldat a toujours impliqué d'être prêt à sacrifier sa vie pour défendre son pays. Mais entre la Grande Guerre, où les pertes humaines sont considérables et consenties, et aujourd’hui, où la mort d’un militaire est considérée comme un échec, qu’est-ce qui a changé ?
      Deux choses ont changé et la première est l'évolution du rapport des sociétés à la mort. Au sortir de la Première Guerre mondiale, il faut rappeler un autre événement marquant : l'épidémie de grippe espagnole qui cause la mort de 20 millions de personnes, plus que la guerre, 19 millions. À l’époque, les sociétés sont encore confrontées à ce péril épidémique de morts massives et la présence de la mort dans la vie quotidienne est beaucoup plus patente qu’aujourd'hui ; l'espérance de vie est plus faible. 
      Le deuxième critère est le changement des pratiques de guerre. Aujourd’hui, les sociétés européennes sont impliquées dans des guerres qui sont d'une nature totalement différente de tout ce que l'on a vu pendant la Première Guerre mondiale : une guerre massive, engageant ou mettant en péril la totalité de la nation, la totalité de la population... Ces perspectives là n'existent plus : aujourd’hui, les guerres menées par les puissances européennes comme la France sont des guerres d'opérations extérieures. La société n'est plus du tout impliquée de la même façon. Et donc, le rapport de ces sociétés à la mort militaire, a aussi beaucoup changé. Par ailleurs, les types de guerres qui sont menées sont des guerres limitées, qui provoquent de faibles pertes : par exemple, la contre insurrection qui mélange le registre guerrier, policier et politique. Les dernières guerres de masse vécues par les sociétés européennes remontent à la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu une résurgence avec les guerres de décolonisation, mais qui n'étaient pas vraiment des guerres de masse. Ainsi, la société française a perdu l'habitude de ce type de conflit et la mort du soldat est devenue numériquement plus faible.
       
      Les soldats de la Première et de la Seconde Guerre mondiale consentaient à leur sacrifice car ils défendaient le territoire et la Nation en péril, un cas de figure qui ne se pose plus aujourd’hui ?
      Exactement. On parle même de guerre totale pour désigner les deux conflits mondiaux, même si ce concept peut être discuté. Il s’agissait de conflits qui menaçaient et impliquaient l’ensemble de la société. Et cet engagement total et massif banalisait en quelque sorte les pertes militaires. 
       
      Historiquement, y a-t-il une érosion du consentement au sacrifice ?
      Oui et on commence à voir cette érosion au lendemain de la Première Guerre mondiale, car la mémoire de ce conflit s’est construite sur le mode du sacrifice de la victime, plus que du héros. Regardez l'image archétypale du poilu telle qu'elle se construit dès les années 20. Au delà de la victoire, qui est célébrée par le défilé du 14 juillet 1919, quel est le personnage qui incarne le combattant de la Première Guerre mondiale ? C'est le soldat inconnu, qui est une victime. Il y a donc cette perspective victimaire, qui vaut aussi pour les gueules cassées, pas seulement pour les morts. Ce sont eux qui concentrent l'image du soldat de la Première Guerre mondiale, reprise par les associations d'anciens combattants, qui se sont construites dans ce module victimaire et dans une certaine forme de refus de la guerre. 
      La Seconde Guerre mondiale n'a pas eu les mêmes effets en termes de pertes humaines mais malgré tout, le paradigme victimaire a resurgi. Et d'une certaine façon, je dirais que la Seconde Guerre mondiale a encore amplifié cette évolution qu'on a vu commencer au lendemain de la Première Guerre mondiale. L'ensemble constitue un moment décisif dans l'affirmation de cette posture victimaire, qui fait du soldat une victime plus qu'un héros. 
       
      La doctrine militaire a-t-elle aussi évolué ?
      Effectivement, car la doctrine militaire, à la veille de la Première Guerre mondiale, intègre totalement la dimension du sacrifice. La pensée militaire de l’époque est obsédée par le constat de l'évolution des capacités de destruction et de la puissance de feu. On parle de guerre industrielle et tout le monde a parfaitement conscience que la prochaine guerre sera extrêmement sanglante, qu'elle provoquera beaucoup de victimes. 
      Mais comment la doctrine militaire se positionne par rapport à cette problématique ? En valorisant ce que l’on appelle le facteur moral : la motivation patriotique et le culte du sacrifice. Cela apparaît comme un moyen de surmonter le développement des capacités de destruction. Mais c'est paradoxal, car la fin du XIXe siècle correspond aussi à l'affirmation de la République en France. Or, sur le plan militaire, la République s'est construite depuis la Révolution française sur le principe du respect de l'individu et sur le respect du soldat. On ne peut pas traiter le soldat comme de la vulgaire chair à canon car le soldat est un citoyen. Il y a un moment très particulier qui est le centenaire de la Révolution, en 1889. C'est le moment où est panthéonisé un personnage emblématique : Lazare Carnot. C'est lui qui a géré la guerre en 1793 et surtout en 1794. Et c'est lui qui a été ce gestionnaire vraiment très scrupuleux de la guerre de masse et qui a mené vraiment une guerre économique. C'est ce qu'il explique notamment dans ce qu'il appelle le système général des opérations militaires de la campagne prochaine, qu'il élabore en fin janvier 94.
      La Troisième République se réfère beaucoup au modèle de la Première République et à ce moment là, on voit évoluer la thématique du sacrifice et on voit se dessiner deux conceptions antagonistes du sacrifice militaire. Vous avez une conception que je qualifierais de totalitaire, même s’il s’agit d’un anachronisme car le terme n’est pas employé à l’époque. C'est la conception défendue notamment par les ligues d'extrême droite et en particulier par Maurice Barrès. Maurice Barrès dit : “L'individu n'est rien”. C'est une négation de l'individu, qui est aussi une négation de la singularité du citoyen. Et le citoyen, selon Barrès, doit se diluer dans les intérêts de la Nation, Nation qui est conçue comme une entité holiste. La Nation n'est pas la somme des individus mais une entité qui s'impose à tous les individus et c'est comme cela que cette conception se prolonge dans la dimension militaire et intègre totalement la dimension du sacrifice. Mais face à cette conception là, vous avez des théoriciens de la guerre et en particulier Jean Jaurès, qui publie en 1911 l'Armée nouvelle. Il assume pleinement la dimension sacrificielle mais il lui donne un tout autre sens. Dans cet ouvrage, il écrit (en substance) : “Comment peut-on faire pour qu'un soldat accepte de monter à l’assaut sous le déluge de feu ? Alors que ses camarades sont en train de mourir, alors que lui-même est menacé ? Cet objectif ne peut s'obtenir que par le consentement individuel”. C'est seulement par le consentement éclairé des individus qui acceptent, je le cite, de mourir pour une idée. C'est donc le principe de la République. 
      Mais Jaurès est assassiné à la veille de l’entrée en guerre et cette idée de consentement du soldat meurt avec lui ? Par ailleurs, consentement difficilement atteignable ! À l’époque, le service militaire est obligatoire et la doctrine est celle de l’offensive à tout va, très coûteuse en vies humaines…
      Bien sûr, en pratique, ce principe du consentement est une abstraction. Parce que si l’on dit que le soldat doit être un individu éclairé et doit se sacrifier de façon délibérée, cela veut dire aussi qu’il doit avoir la liberté de ne pas consentir. Le fondement du consentement est d'inclure le non consentement. Sinon, c'est de la contrainte. Effectivement, il y a donc une dimension du consentement forcé et coercitive. Car il y a aussi un refus de la guerre dans la société française, mais qu’on a beaucoup occulté, notamment après la Première Guerre mondiale, à propos du sort des fusillés et des mutinés. On pense notamment aux fameuses mutineries de 1917. Donc, il y a aussi, bien sûr, un refus de la guerre. 
      Et c'est cela le paradoxe du modèle républicain, qui réclame le consentement de l'individu sans accepter le non consentement. Car le non consentement pose un risque de déstabilisation de la République, un risque insurrectionnel, etc. Et donc, au moment de la Première Guerre mondiale, les autorités politiques et militaires, effectivement, ont eu des difficultés pour gérer cette dimension là. Et quand même, on a vu se mettre aussi en place une dimension coercitive à une dimension de, disons, de consentement forcé.
      Car il ne faut pas oublier que la Première Guerre mondiale a été une mise à l'épreuve de la République. Si la France avait perdu la guerre, le régime politique n’aurait probablement pas survécu. Il ne faut pas oublier que les guerres précédentes qui se sont terminées par des défaites, la guerre de 1870, les guerres napoléoniennes, ont provoqué des ruptures politiques : l'Empire s'est effondré en 1815, le Second Empire s'est effondré en 1870. Les guerres à cette époque là engageaient la totalité de la Nation. D’ailleurs, en 1940, la République ne survit pas à la défaite. 
      En 1918, la République a finalement survécu mais elle est sortie renforcée de la Grande Guerre. Et la figure qui incarne la victoire n’est pas celle des maréchaux mais celle du soldat inconnu, ce qui est une forme d’héroïsation - et de victimisation - du citoyen individuel, du citoyen soldat. Et cela, c'est vraiment une symbolique républicaine. 
       
      De la Première Guerre mondiale à nos jours, la doctrine militaire a-t-elle évolué vers l’économie des vies humaines ? On pense notamment à la guerre du Golfe. On avait beaucoup parlé à l'époque de l'objectif zéro mort de l'armée américaine.
      Absolument. Et il faut dire que la guerre du Golfe a été un moment décisif. En 1991, à une époque où la conscription existait encore en France, s'est posée la question d’envoyer des conscrits dans cette opération extérieure, qui allaient risquer leur vie. La guerre du Golfe a été un élément décisif dans le processus qui a amené cinq ans plus tard, en 1996, à la suspension de la conscription (et non à sa suppression) . Pourquoi ? Parce que le constat qui a été fait à cette époque a été de dire désormais, la France ne sera plus engagée que dans des guerres de type “opération extérieure”. D'une part, on n'a plus besoin de la levée en masse. Et d’autre part, ces actions ne mettent pas en jeu la survie de la Nation, ce qui fait que le pays s'en désintéresse globalement. La Nation est beaucoup moins impliquée dans les guerres d'aujourd'hui qu’elle ne l'était dans la Première Guerre mondiale. Et donc, effectivement, la doctrine militaire intègre totalement ce changement de paradigme, qui fait qu'on ne parle même plus de guerre, mais de conflit ou d’opération. 
      En revanche, dans ce contexte là, la mort du soldat devient exceptionnelle et moins bien acceptée par la société ou acceptée différemment. Aujourd'hui, on s'aperçoit que la figure du héros militaire a totalement disparu. Le héros est le soldat qui s'est sacrifié et je dirais que l'une des figures qui incarne le plus cela est la figure du lieutenant colonel Arnaud Beltrame, qui a sacrifié sa vie pour sauver des otages (à Trèbes le 23 mars 2018). Et là, c'est un acte qui est à la fois un acte héroïque et un acte sacrificiel. Car l'héroïsme aujourd'hui est un héroïsme sacrificiel. On ne valorise pas un soldat qui aurait réalisé un fait d'armes ou qui aurait réussi à tuer plein plein d'ennemis de la France. On valorise dans la société les actions sacrificielles. 
      De ce point de vue, la doctrine a évolué : désormais, le respect de la vie du soldat fait partie de l'équation militaire. La vie du soldat est même devenue un enjeu stratégique face au terrorisme, qui les vise directement. Alors qu'auparavant, protéger la vie des soldats était plutôt un facteur dans une donnée stratégique. Aujourd'hui, c'est un enjeu stratégique. 
       
      Aujourd'hui, la mort d'un soldat est vécue comme un échec ?
      Exactement. La mort d'un soldat ou bien sûr aussi, la mort d'un civil. Parce que justement, c'est aussi la logique terroriste. Les terroristes savent que la mort d'un soldat a un effet social et politique. Il y a tout ce qu'on vient de dire sur le fait que désormais, la mort de soldats est moins acceptée. Et donc, du coup, le soldat devient lui aussi la cible d'actions terroristes, ce qui est quand même relativement récent. Auparavant, les soldats pouvaient être aussi la cible d'actions terroristes, mais c'était plutôt dans une perspective qui consistait à viser, à déstabiliser l'organisation militaire, etc. Il y avait des actions terroristes qui s'inséraient dans une perspective stratégique, je dirais classique. On visait des structures militaires pour affaiblir le potentiel militaire. Désormais, on vise le soldat tout simplement parce que c'est un soldat français et donc parce que l'on recherche un effet politique à travers cela. 
      Quant aux affrontements massifs du passé, les sociétés n’y sont plus prêtes aujourd’hui ?
      Oui, c’est ce que l’historien John Keegan écrit dans son livre traduit en français en 1975 sous le titre Anatomie de la bataille. Il s’agit d’un livre d’histoire où il étudie les batailles d'Azincourt en 1415, de Waterloo en 1815 et de la Somme en 1916. Il montre que dans ces batailles, justement, il y a un élément qui est important, qui est le sort des individus et qui est la façon dont le soldat individuel vit le combat. Cela a été une grande innovation historiographique. John Keegan dit que le combattant est aussi quelqu'un qui souffre, qui a du mal à respirer, dont la vue est perturbée par la fumée, qui est agressé par le bruit des gémissements de ses camarades en train de mourir, qui peut avoir chaud, qui peut avoir froid. Il propose donc d'étudier les batailles à l'échelle de l'individu. Mais il explique à la fin de l'ouvrage, dans une sorte de postface, que d'une certaine façon, cette attention portée au sort de l'individu est aussi le produit de l'Histoire. Il se situe dans cette Histoire et s’interroge : où en est-on ? 
      Dans les années 1970, au moment où il écrit, les doctrines de l'OTAN et du Pacte de Varsovie sont d'envisager un affrontement massif des armées dans les plaines d'Europe centrale, un affrontement qui se jouera dans une violence radicale. On en était même arrivé quelques années après à envisager l'usage des armes nucléaires sur le champ de bataille. C'est ce qu'on a appelé le nucléaire tactique. C'est dire à quel point on était dans une perspective de la radicalisation de la violence de guerre. John Keegan explique que cette perspective là, qui est le fondement des doctrines militaires de l'OTAN et du Pacte de Varsovie, est devenue, selon lui, totalement irréaliste parce que les sociétés ne sont plus en mesure d'accepter cette dimension de guerre de masse.
      Il dit bien que les sociétés ont été épuisées par l'Histoire : les batailles d'Azincourt, de Waterloo, de la Somme et toutes les autres. Cet épuisement des sociétés, ainsi que le changement socio culturel de l'individu, le développement de l'individualisme, tout cela fait que ce type de guerre est désormais devenu impossible, inacceptable. Et Keegan montre aussi très bien que dans les guerres qu'il évoque, de la fin du Moyen-Âge et de l'époque moderne, le fondement de la tactique était l'exposition du soldat. Dans une bataille de cette époque là, le soldat n'est pas protégé. Il porte un uniforme très voyant, parfois même chatoyant, il n'a aucun système de camouflage, aucun système de protection, il ne porte pas de casque… Et cette approche a duré jusqu’en 1914 : les soldats français portent un pantalon rouge garance et une casquette ou un képi sur la tête. C'est seulement en 1915 que va être introduit le casque qu'on appelle le casque Adrian. Il a donc fallu attendre 1915 pour entrer dans cette logique de protection du soldat, alors qu'auparavant, par définition, la guerre consiste à exposer le soldat à la mort. 
       
      101 ans après la Grande Guerre, la mort du soldat est devenue intolérable
      11/11/2019 (mis à jour à 06:55) Par Maxime Tellier  
      ( Source :  France Culture   https://www.franceculture.fr/histoire/101-ans-apres-la-grande-guerre-la-mort-du-soldat-est-devenue-intolerable?fbclid=IwAR0YE_nvoT140dQ7Kg6n5avDGq-jowCQbABiQatLMzn3WASom4t5zHTM2gc  ) 
    • By carlie94
      Bonjour, je lance ce sujet pour les lycéens, étudiants ou parents de jeunes qui s'intéressent à l'exercice de la médecine dans les armées.
      A titre personnel, j'hésite à passer le concours collatéral pour accéder à l'ESA, à savoir que s'engager avec un contrat de plus de 20 ans est difficile, même quand on n'est plus un lycéen de 18 ans, même quand on sait qu'on va pouvoir exercer un métier aux multiples facettes et accéder à des opportunités qui n'existent pas dans le civil! Il reste l'option officier sous contrat. Je suis donc à la recherche d'éléments qui pourraient aider, moi-même ou d'autres, à choisir en toute connaissance de cause. Il s'agit simplement d'explorer les différences entre médecin de carrière issu de l'ESA et médecin sous contrat, les avantages et les inconvénients des différents cursus.
      Merci d'avance de vos réponses.
       
       
    • By Bouchon-Gras 49
      Le Service de santé des armées vient de compléter ces effets d'uniforme par le port du bonnet de police ( dit " calot " )  interarmées. Une instruction de 2015 avait introduit ce calot interarmées mais l'insigne n'est disponible que depuis quelques semaines.


      Le port du calot de tradition "Terre santé modèle 1957" reste autorisé de port uniquement pour les activités de cohésion.
    • By carlie94
      Voilà ma lettre de motivation. Vos critiques et avis sont les bienvenus.
      Objet: technicien hospitalier supérieur de réserve                     
      Madame, Monsieur,
      Je suis actuellement étudiante en DFGSM2 et passionnée par le domaine militaire. Je suis honorée de vous présenter ma candidature dans la réserve du Service de Santé des Armées car je suis depuis longtemps attirée par le milieu militaire.
       Le Service de Santé met la médecine au service de ceux qui défendent la France et des populations démunies. Cet engagement ne se limite pas aux opérations extérieures et se continue sur le territoire avec le soutien médical des forces, les hôpitaux militaires et la recherche. 
       Un engagement à servir dans la réserve serait pour moi un moyen de m’associer à cette mission. De plus, j’envisage un engagement d’active, la réserve m’aidera à confirmer ce choix et à découvrir d’autres pratiques du soin. Je suis aussi attirée par les valeurs de discipline, d’engagement et de cohésion qui caractérisent le monde militaire. Je suis convaincue que ces valeurs qui représentent un savoir-être inestimable, mais aussi l’enseignement “technique” comme le secourisme et le travail en équipe, me seront bénéfiques pour mes études et mon exercice futur quel qu’il soit.
       J’aspire pour ma part à donner le meilleur de moi-même dans les tâches qui me seront confiées, tout comme je l’ai fait pour réussir médecine. Mes deux premières années de médecine ne m’ont pas laissé le temps de faire du sport mais l’idée de faire une préparation militaire m’a motivée et un entraînement quotidien me permet de retrouver une condition physique Ma pratique débutante de l’aïkido m’ont permis d’acquérir la patience, un dynamisme à la fois physique et intellectuel et une meilleure gestion du stress qui m’aident au quotidien. 
      Je me tiens à votre disposition pour tout renseignement complémentaire. Je vous prie Madame, Monsieur d’agréer l’expression de mes respectueuses salutations.