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29 octobre 1956, "expédition de Suez".


Bouchon-Gras 49

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C'est une page peu connu de notre Histoire :

 

Le 29 octobre 1956, débutait l'expédition de Suez.

 

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La crise du canal de Suez, parfois appelée expédition de Suez, guerre de Suez, campagne de Suez ou opération Kadesh, est une guerre qui éclata en 1956 en territoire égyptien. Le conflit opposa l'Égypte et une alliance secrète actée par le protocole de Sèvres, dont les entretiens se sont tenus du 21 au 24 octobre 1956, formée par la France, le Royaume-Uni et l'État d'Israël, à la suite de la nationalisation du canal de Suez par l'Égypte le 26 juillet 1956. Cette alliance entre deux États européens et Israël répondait à des intérêts communs : les nations européennes avaient des intérêts politiques, économiques (actionnaires majoritaires) et commerciaux (principalement pour le transport de pétrole) dans le canal de Suez. Israël avait besoin de l'ouverture du canal pour assurer son transport maritime, mais justifiait son intervention militaire contre l'Égypte comme étant une réponse aux attaques de fedayins qu'il subissait sur son territoire. Le renversement de Nasser était également prévu.

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Le 29 octobre 1956, conformément aux accords secrets, Israël envahit l'Est du canal, suivi rapidement par les Français et les Britanniques qui bombardent à partir du 31 octobre, parachutent et débarquent leurs troupes le 5 novembre, officiellement comme des troupes de maintien de la paix. Finalement, alors que les Égyptiens sont battus militairement (cessez-le-feu le 7 novembre), les coalisés, en échange de certaines concessions d'ordre économique, sont obligés de battre en retraite sous la pression des États-Unis et de l'Union soviétique. La Force d'urgence des Nations unies débarque le 27 novembre, les coalisés finissent de rembarquer le 22 décembre.

 

Origines du conflit :

Le canal de Suez, qui forme un raccourci entre la mer Rouge et la mer Méditerranée, est ouvert en 1869. Il a été financé par la France et le gouvernement égyptien. Le Royaume-Uni racheta ensuite au Roi Farouk, endetté, la part de l'Égypte dans le canal. À l'indépendance de l'Inde, le poids stratégique du canal change : il n'est plus le point de passage capital entre le Royaume-Uni et son Empire. En revanche, le canal devient un point de passage stratégique pour le pétrole.

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Les origines de ce conflit remontent à 1952, lors du renversement de la monarchie de Farouk Ier par les officiers libres de l'armée égyptienne. Cette « révolution » à la fois sociale et nationale abolit la monarchie en Égypte, d'abord sous la conduite du général Naguib puis du lieutenant-colonel Nasser, et s'efforce de lutter contre l'impérialisme étranger. Le nouveau gouvernement abandonne les clauses de coopération avec les forces européennes et adopte une tendance nationaliste et autoritaire. Ce changement de position entraîne un conflit avec la France et le Royaume-Uni à propos du canal de Suez, jusqu'alors aux mains de capitaux franco-britanniques. D'ailleurs des troupes britanniques demeurent stationnées dans la zone du canal jusqu'en février 1956, alors que le protectorat britannique sur l'Égypte est fini depuis son indépendance acquise en 1936.

 

Les prémices de la crise :

La conclusion du Pacte de Bagdad, en février 1955, pousse l’Égypte à se tourner vers l’URSS et obtenir des ventes d’armes par la Tchécoslovaquie1. L’Égypte renforce aussi son dispositif par la signature d’un pacte militaire en octobre 1955, avec la Syrie, l’Arabie Saoudite rejoints en avril 1956 par le Yémen.

Nasser souhaite construire un barrage sur le Nil à Assouan, afin de répondre aux besoins de l’agriculture et de produire de l’électricité. Pour sa construction, il sollicite l’aide financière et technique des États-Unis, qui refusent en raison de l’orientation pro soviétique de l’Égypte et des ventes d’armes. En représailles, Nasser menace de nationaliser la compagnie du canal de Suez.

Durant l'année 1956, la tension s'accroît aussi entre Israël et l'Égypte avec les raids menés par les combattants palestiniens (fedayin) sur le territoire israélien. L'Égypte, dirigée par Gamal Abdel Nasser, bloque le golfe d'Aqaba et ferme le canal de Suez aux navires israéliens. Lorsque Nasser décide de reconnaître la Chine communiste, les États-Unis se retirent, le 19 juillet, du financement du haut barrage d'Assouan. En réponse à ce retrait, l'Égypte, unilatéralement, décide de nationaliser le canal de Suez, voie commerciale vitale alors détenue à 44 % par l'économie franco-britannique. La compagnie riposte par le retrait de ses techniciens britanniques et français. Ils sont remplacés par d'autres, fournis par les pays non-alignés, l'Inde en particulier.

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Le Premier ministre britannique, Anthony Eden, convaincu par ses services du MI6 que Nasser veut se rapprocher de Moscou, tente alors de convaincre l'opinion publique de la nécessité d'une guerre contre l'Égypte. Il fait pour cela appel au patriotisme hérité de la Seconde Guerre mondiale en comparant la nationalisation du canal par Nasser au nationalisme de Mussolini et d'Hitler vingt ans auparavant. Eden déclare qu'une démonstration de force est nécessaire afin de dissuader Nasser de faire de l'Égypte une nouvelle menace militaire et le fait passer pour le « Mussolini du Nil ».

Vue de France, la ligne anti-impérialiste, socialiste et panarabe de Nasser apparaît comme une menace. Le FLN algérien, en lutte armée contre la France, a son siège au Caire et reçoit de l'Égypte une importante aide matérielle (notamment des armes) et morale (les représentants du FLN peuvent par exemple s'exprimer à la radio égyptienne). La propagande française présente régulièrement les indépendantistes algériens comme de simples marionnettes de l’Égypte. Guy Mollet, chef du gouvernement français, est acquis à la cause de l'Algérie française et du soutien à Israël. Les agents du SDECE tentent de manipuler les Frères musulmans pour éliminer Nasser ou le faire empoisonner par un officier égyptien et informateur du SDECE. Des projets d'assassinat sont également élaborés du côté britannique mais tous échouent, notamment à cause de l'aide du KGB aux services de renseignement égyptiens lorsque Nasser se rapproche de l'Union soviétique.

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Le 29 octobre 1956, Israël envahit la bande de Gaza et le Sinaï et atteint rapidement la zone du canal. Comme convenu lors de l'accord de Sèvres, le Royaume-Uni et la France lancent un ultimatum aux belligérants leur enjoignant de se retirer chacun à plus de 15 km du canal. Nasser, dont la décision de nationalisation du canal avait été accueillie avec enthousiasme par la population égyptienne, rejette l'ultimatum et donne ainsi un prétexte aux forces européennes de s'allier à Israël pour reprendre le contrôle du canal et renverser le régime en place. Le 31 octobre, la France et le Royaume-Uni entament une vague de bombardements sur l'Égypte afin de forcer la réouverture du canal. Bombardant les aérodromes militaires, ils détruisent notamment au sol plus de 260 avions égyptiens. La Jordanie, qui a un accord avec la Grande-Bretagne, interdit par ailleurs le 1er novembre l'utilisation de son sol par les avions de la Royal Air Force.

Les avions de la base 102 de Dijon ont participé à des raids sur l'Égypte depuis la base aérienne de Ramat-David, près de Haïfa, sous déguisement de l'étoile de David surchargeant la cocarde française. Les aviateurs français auraient même porté sur eux de fausses cartes d'identité israéliennes11. Les Mystère IV étaient assistés par une trentaine de soldats français (arrivés par avions Nord Atlas après escale à Brindisi en Italie et à Chypre), dont la majorité de maintenus sous les drapeaux ; ils étaient aussi à Ramat-David et logés sous des tentes près des pistes, sous les ordres du capitaine Julien. Après la guerre, 18 militaires resteront jusqu'en décembre et reviendront par le cargo L'Aquitaine.

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Le soir du 5 novembre, une partie du 2e RPC français appuyé par des commandos de la 11e DBP choc saute près de la ligne de chemin de fer bordant le canal au sud de Port-Saïd, est envoyé sur l'aéroport Al-Gamil, prend le contrôle de la zone et établit un point sécurisé afin d'assurer l'arrivée des renforts aériens. Au matin du 6 novembre, les 40e et 42e bataillons de commandos des Royal Marines britanniques investissent les plages en utilisant les barges de débarquement de la Seconde Guerre mondiale. Leur assaut est soutenu par les salves des navires de la Royal Navy et de la Marine nationale française postés au large et causant d'énormes dommages aux batteries de défense égyptiennes. La ville de Port-Saïd est touchée par de nombreux incendies et connaît à cette occasion d'importants dégâts surtout matériels. Le bombardement d'une raffinerie à Port-Fouad cause un incendie important et un nuage noir qui recouvre en partie la ville pendant plusieurs jours.

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Le 45e commando progresse dans les terres et marque une innovation dans le domaine militaire en faisant usage d'hélicoptères lors des assauts. Cependant, une partie d'entre eux est abattue par les batteries égyptiennes. D'autre part, le commando ainsi que les quartiers généraux subissent des pertes dues à un « tir ami » de la Royal Air Force. Les combats urbains menés lors de cette opération voient les forces alliées freinées par des tireurs embusqués égyptiens.

Les habitants égyptiens, équipés d'armes automatiques et convaincus de l'arrivée de renforts russes, opposent une résistance aux forces européennes. Cependant, devant la rapidité de l'invasion et la suprématie aérienne des commandos, l'armée égyptienne est forcée de capituler. Les commandos prennent alors le contrôle du canal et se dirigent au sud vers Le Caire.

 

L'action des armées françaises et anglaises :

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Contre l’avis de l’opinion internationale, la France et la Grande-Bretagne préparent une opération militaire d’envergure, baptisée « Musketeer » (Mousquetaire), pour les Anglais et « opération 700 » pour les Français. La mission est de reprendre le contrôle du canal. Le plan (nom de code « Terrapin ») prévoit également une offensive israélienne contre l’Égypte qui débute le 29 octobre. Les États-Unis, en période électorale ne tiennent pas à voir éclater un nouveau conflit. Ils hésitent à respecter un de leurs traités du Pacte atlantique. Le commandement de l’opération est britannique, les Français ne conservant que le commandement de leurs unités, sans pouvoir de décision. Le général Keightley, secondé par l’amiral Barjot, en est le commandant en chef. Le 26 août 1956, une force navale d’intervention est mise en œuvre. La force terrestre est forte de 60 000 hommes, mais seulement 15 000 sont employés. Les Français, commandés par le général de corps d'armée André Beaufre, forment la force « A ».

"Dans la nuit du 29 au 30 octobre 1956, l'escorteur d'escadre français Kersaint engage le combat contre le destroyer égyptien Ibrahim el Awal au large d'Haifa. L’escorteur français sort victorieux de cette confrontation en tirant 65 coups de 127 mm tirs d’artillerie dont seulement cinq ont touché le bâtiment égyptien. Celui-ci est ensuite attaqué par l'aviation puis la marine israélienne qui réussissent à le capturer le 30 octobre..."

"L'assaut à terre sera soutenu par les salves des navires de la Royal Navy et de la Marine nationale française postés au large et causant d'énormes dommages aux batteries de défense égyptiennes. La ville de Port-Saïd est touchée par de nombreux incendies et connaît à cette occasion d'importants dégâts surtout matériels. Le bombardement d'une raffinerie à Port-Fouad cause un incendie important et un nuage noir qui recouvre en partie la ville pendant plusieurs jours..."

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La 1re phase commence le 31 octobre 1956 par des bombardements d’aviation à partir de Malte et de Chypre puis des forces navales en Méditerranéenne. Le 1er novembre, les alliés repoussent la résolution de l’ONU. Malgré la mise en garde de l’ONU, des États-Unis et de l’URSS, la 2e phase suit à partir du 5 novembre, par une opération aéroportée, baptisée « Amilcar » pour les Français ou « Hamilcar », pour les Britanniques.

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Cette opération aéroportée est composée de 4 bataillons britanniques, qui sautent sur le terrain de Gamil, à 10 km à l’ouest de Port-Saïd, du 2e régiment de parachutistes coloniaux (2e RPC) commandé par le colonel Chateau-Jobert, dit Conan, largué avec une section de la 60e compagnie du génie aéroporté (60e CGAP) sur l’usine des eaux à l’entrée de Port-Saïd et au sud de Port-Fouad. La 3e phase termine le dispositif par les principaux débarquements qui ont lieu les 6 et 7 novembre. Le Royaume-Uni est fort de la 3e brigade de commandos des « Royal Marines », d’un régiment de blindés, d’un escadron du génie, de 2 bataillons de la 16e brigade parachutiste. La France aligne le 1er REP, 3 commandos de marine, 2 escadrons de chars AMX, un escadron de chars Patton et trois sections de la 60e compagnie du génie aéroporté. La progression des troupes est freinée par les négociations politiques qui se passent à l’insu des Français

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La Légion étrangère est au sein du dispositif : un escadron du 2e régiment étranger de cavalerie, commandé par le capitaine Abraham avec l’adjudant Degueldre comme adjudant d’unité, est intégré au 1er REP à Zeralda, avant de rejoindre la base de départ à Chypre. Avec les autres unités françaises, il a pour mission de s’emparer dans la zone de Port-Fouad des points sensibles et de faire la liaison avec les éléments du 2e RPC parachutés au sud. Le groupement est commandé par le lieutenant-colonel Brothier, chef de corps du 1er REP. Tous les objectifs sont atteints par les compagnies. Le 7 novembre à 8 h, toutes les unités se rassemblent, prêtes à marcher vers El Qantara. Une demi-heure plus tard, le cessez-le-feu est ordonné et les troupes doivent rester sur leurs positions et n’ouvrir le feu que si elles sont attaquées. La section du lieutenant Ysquierdo du 1er REP, représente l’avant-garde française d’El Qantara et maintient jour et nuit un poste de surveillance, au PK 37,5, à 800 m des lignes égyptiennes

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Destiné aux troupes aéroportées de cette opération, ce casque a été camouflé à la peinture sable. La mentonnière d'origine américaine a été remplacée par une jugulaire en cuir. L'ensemble est complété par un filet de camouflage.

Photo (C) Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Chavan

Au niveau des forces alliées, 155 bâtiments de guerre dont 5 porte-avions sont engagés : 103 de la Royal Navy, 52 de la Marine nationale française, auxquels s’ajoutent une centaine de bâtiments réquisitionnés, dont 53 français.

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Sous la pression du monde entier, le Royaume-Uni puis la France sont contraints d’accepter un cessez-le-feu. Les troupes de l’ONU débarquent le 27 novembre. Le 22 décembre la force d’intervention quitte l’Égypte. Elle déplore 11 tués et 43 blessés.

Finalement, 11 Français et 22 Britanniques sont tués, 130 soldats sont blessés dont 33 Français. On estime que les pertes égyptiennes, essentiellement civiles, s’établissent entre 750 et 1 000 morts dans la zone du canal. Les Israéliens, de leur côté, ont eu 176 tués et un prisonnier.

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Réactions politiques au conflit :

En France, le gouvernement Mollet obtient un vote de confiance quasi unanime le 30 octobre, moins l'abstention des communistes et des poujadistes. En revanche, le synchronisme de cette crise avec l’écrasement de l'insurrection de Budapest débouche sur la création d'une nouvelle gauche, qui s'incarne dans le Parti socialiste unifié (PSU), rejetant à la fois le communisme et le socialisme dans sa version SFIO.

En Grande-Bretagne, au contraire, l'opposition se déchaîne. Les travaillistes, et même une partie des conservateurs, dénoncent le caractère anachronique de cette politique coloniale, et le risque de rupture avec les pays du Commonwealth. Anthony Eden est hué à la Chambre des communes, où les députés lui reprochent de les mettre devant le fait accompli, sans avoir consulté, comme le voulait l'usage, le chef de l'opposition. Il s’attire les sarcasmes lorsqu’il déclare à la Chambre des communes le 1er novembre : « Nous [ne sommes pas] actuellement en guerre contre l’Égypte. […] Il n’y a eu de notre part aucune déclaration de guerre. Nous sommes en conflit armé ». Les manifestations Law not war (le droit et non la guerre) se multiplient, la plus importante ayant lieu le 4 novembre, juste avant le débarquement. L'inquiétude grandit quand l'interruption du trafic du canal menace les approvisionnements pétroliers.

 

Pressions de l'Union soviétique et des États-Unis :

Au moment où l'armée israélienne s'empare de la presqu'île du Sinaï et atteint le canal de Suez, une mise en garde très ferme de l'Union soviétique stoppe l'offensive ; Israël doit se replier sur ses frontières de 1949. L'URSS menace la France, le Royaume-Uni et Israël d'une riposte nucléaire14. L'OTAN rappelle à l'URSS qu'elle riposterait en ce cas.

Les États-Unis, passifs jusque-là, exigent le retrait des forces occidentales pour désamorcer la crise. Ce pays fait monter la pression contre le gouvernement britannique en lançant une attaque monétaire contre la livre sterling. La Banque d'Angleterre ayant perdu 45 millions de dollars entre le 30 octobre et le 2 novembre et l'approvisionnement en pétrole de la Grande-Bretagne ayant été restreint par la fermeture du canal de Suez, les Britanniques avaient immédiatement demandé l'aide du FMI, mais celle-ci est refusée par les États-Unis. Eisenhower ordonne en effet, à son secrétaire au Trésor, George Humphrey, de se préparer à vendre une partie les détentions d'obligations en livres sterling du gouvernement américain. Le gouvernement britannique envisageait d'envahir le Koweït et le Qatar si des sanctions pétrolières étaient mises en place par les États-Unis.

Le chancelier de l'Échiquier, Harold Macmillan, avertit son Premier ministre que les réserves de change de la Grande-Bretagne ne pouvaient tout simplement pas soutenir la dévaluation de la livre qui suivrait les actions des États-Unis ; et que dans les semaines qui suivraient une telle décision, le pays ne serait pas en mesure d'importer les vivres et l'énergie nécessaires pour subvenir aux besoins de la population des îles. Cependant, le Cabinet soupçonnait Macmillan d'avoir délibérément exagéré la situation financière afin de forcer Eden à partir.

Le gouvernement américain envoie ses forces navales et aériennes interférer dans le dispositif franco-britannique et interdit l'usage des matériels militaires français financés par des fonds américains.

Parallèlement aux actions américaines, l'Arabie saoudite lance un embargo pétrolier contre la Grande-Bretagne et la France. Les États-Unis refusent de combler le vide jusqu'à ce que la Grande-Bretagne et la France acceptent un retrait rapide. D'autres membres de l'OTAN refusent également de vendre le pétrole qu'ils avaient reçu des pays arabes à la Grande-Bretagne ou à la France.

 

Cessez-le-feu et retrait des armées :

L'Assemblée générale des Nations unies, réunie en session extraordinaire d'urgence du 2 au 10 novembre 1956, adopte des résolutions19 prévoyant l'intervention de la FUNU (Force d’urgence des Nations unies) dont le but est de remplacer les forces franco-britanniques à partir du 15 novembre 1956 afin de restaurer la paix ; ce fut la première opération multilatérale des Nations unies, qualifiée de « première génération ». Dès lors, les « Casques bleus » étaient nés. Le ministre canadien des Affaires extérieures de l'époque, Lester B. Pearson, a d'ailleurs reçu le prix Nobel de la paix en 1957 pour le rôle qu'il a joué dans l'apaisement de la crise de Suez ainsi que pour son initiative de déployer une force onusienne neutre entre les parties belligérantes.

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En France, la situation se retourne brutalement en 1956 et 1957, la croissance entre en crise. Le pays ne peut pas financer à la fois la guerre d'Algérie et les conséquences de l'expédition, anticipées sur les marchés de l'énergie.

Au même moment, au printemps 1956 , les hostilités en Algérie se développent et entraînent le rappel de disponibles. Les 400 000 puis 500 000 jeunes servant sous uniforme font cruellement défaut à un système productif qui souffrait déjà d'une rareté de la main-d'æuvre. Des tensions sur le marché du travail augmentent les coûts salariaux, ce qui est accrû par la politique sociale du gouvernement Mollet, aboutissant à une hausse de 12 % en 1956 puis à nouveau de 12,5 % en 1957 des charges et salaires des entreprises.

La crise de Suez prive le pays de 90 % de ses approvisionnements énergétiques, vide les stocks et contraint à importer à prix fort des produits raffinés, le prix moyen des importations grimpant de 50 % en 1956. Les industriels ayant anticipé à la hausse pour faire des économies d'énergie en sollicitant davantage le charbon et l'électricité, les conséquences inflationnistes sont vite apparues. Moins d'un an après, la Banque de France réagit en relevant le taux d'escompte, de 3 à 5 % en août 1957.

De plus, les capacités de production de la sidérurgie se saturent : l'offre ne parvient plus à suivre la demande en produits métallurgiques de base. Après les matières plastiques, consommateurs de pétrole importé, c'est le secteur en 2e position pour la croissance (indice 163 en 1958 pour 100 en 1952), où les salaires sont déjà en surchauffe et la semaine de travail à 55 heures. L'installation des hauts fourneaux d'Usinor à Dunkerque, pour profiter des dérivés du Procédé Ugine-Perrin à la pointe de la technologie des aciers inox, prévue dès 1956, va devoir attendre, d'autant que l'endettement d'Usinor atteint 37% dès 1958.

Le gouvernement renonce à la libération promise des échanges extérieurs et décide de bloquer tous les prix, puis multiplie les subventions budgétaires qui stabilisent artificiellement les prix des 213 articles inclus dans l'indice général.

(source :    ACOMAR - Musée de l'armée - https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_canal_de_Suez  )

 

 

 

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  • 2 months later...
  • Administrateur

Il y a un peu plus de 65 ans, le 1er décembre 1956, le paquebot La Marseillaise, transformé en navire hôpital, arrivait au port de Toulon.

Retour sur un des épilogues de la "Bataille de Suez" ....

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Le paquebot La Marseillaise, qui a été transformé en navire hôpital, vient d'arriver à Toulon. Il rapatrie les militaires, malades ou blessés lors des combats qui ont opposé les troupes aéroportées françaises aux Égyptiens lors de l'attaque du canal de Suez, afin d'être soignés à l'Hôpital Sainte-Anne. Le bateau ramène également 40 Français et 240 étrangers que l'Égypte vient d'expulser.

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L' "Affaire de Suez" a, bien entendu, des répercussions dans la région. Les bâtiments qui ont canonné le canal en proviennent, ainsi qu'une partie des troupes qui y ont été parachutées ou débarquées.

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L'attaque, préparée conjointement par les Français, les Britanniques et les Israéliens, visait à "punir" le colonel Nasser qui régnait alors sur l'Égypte et qui venait de nationaliser le canal de Suez le 26 juillet 1956 (et de mettre sous séquestre les biens de la Compagnie du canal). La riposte qui n'avait pu s'effectuer immédiatement a été déclenchée le 29 octobre avec l'invasion de Gaza et du Sinaï par Israël, suivie aussitôt d'un ultimatum lancé par les Français et les Anglais aux deux belligérants sous prétexte de protéger le canal, où l'armée israélienne, commandée par le général Dayan, arrivait.

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Le refus (prévu) des Égyptiens entraîna le bombardement de leur pays le 31 octobre, puis le déclenchement d'une opération aéroportée sur Port-Saïd et Port-Fouad par les parachutistes coloniaux français et les commandos du 11ème Choc, le 5 novembre, suivi d'un débarquement britannique, appuyé par un bombardement naval, le 6.

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La ville de Port-Saïd, où les combats ont fait rage, a été sévèrement endommagée. Grâce en particulier à leur suprématie aérienne, les assaillants sont venus à bout de la défense égyptienne et s'apprêtaient à marcher sur Le Caire quand le cessez-le-feu intervint. Il avait été imposé par l'action conjointe de l'URSS, alliée de l'Égypte, des États-Unis, dont le président, le général Eisenhower, en passe d'être réélu, avait peu apprécié une initiative visant à lui forcer la main, et des Nations Unies où l'action franco-britannique avait été presque unanimement condamnée.

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Les envahisseurs doivent se résigner à évacuer et à rapatrier leurs troupes. En représailles, les Égyptiens expulsent les ressortissants des pays qui les ont attaqués. La communauté juive d'Égypte (soit environ 75 000 personnes) est particulièrement menacée. La plupart iront en Israël, mais on estime à près de 10 000 ceux qui viendront s'installer en France et qui formeront en fait la plus grande partie des rapatriés d'Égypte.

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Le bâtiment qui arrive à Toulon au matin assure avant tout un transport sanitaire. La Marseillaise est un ancien paquebot de luxe de 19 000 tonneaux, faisant la ligne d'Extrême-Orient, qui a été transformé en navire-hôpital avec toutes les installations indispensables (radiographie, salles d'opération, piste d'atterrissage pour les hélicoptères, etc.). L'essentiel de ses passagers est constitué de soldats, malades ou blessés lors des combats, qui vont être soignés à l'Hôpital Sainte-Anne. À noter la disproportion des pertes entre les belligérants : aux 10 morts et 33 blessés français et aux 16 morts et 96 blessés britanniques s'opposent les 1 650 morts et les 4 500 blessés égyptiens. Les civils font partie des premiers expulsés, la plupart sont Britanniques ou apatrides, quelques-uns sont Belges. Les 40 Français sont aussitôt pris en charge par le Centre d'accueil des rapatriés des Bouches-du-Rhône et seront orientés vers la villa "Les Vagues" à Saint-Cyr-sur-Mer, qui est le premier centre d'hébergement ouvert pour cette population. Plusieurs milliers de rapatriés de conditions modestes bénéficieront de cette aide. On estime à plus de 2 000 ceux d'entre eux qui s'installeront à Marseille.

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(Source : aviation navale-Marine Nationale)

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    • By HernanF
      Les événements dans Yémen méritent ouvrir un nouveau sujet, il a tous les condiments; la lutte par la suprématie régionale entre l'Iran et l'Arabie Saoudite; les guerres confessionnelles entre des chiites et sunnitas: le wahhabisme, les takfiris: la présence américaine comme juge et partie et le conflit sempiternel entre la Palestine et l'Israel. 
      Tout cela mélangé au nucléaire iranien, Al-Qaïda et État Islamique/Daech... une bombe de temps toujours sur le point d'éclater.
       
      J'ouvre le jeu avec ces trois cartes de Le Monde pour comprendre mieux le chaos au Yémen:
       

       

       

       
      http://www.lemonde.fr/proche-orient/visuel/2015/03/27/huit-cartes-pour-comprendre-les-origines-du-chaos-au-yemen_4602929_3218.html


  • Posts

    HernanF

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    L'un des Rafale biplace de l'opération Chammal au Levant.

    Sirem

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    Bonjour à tous, En ce mois de janvier 2022 je vous souhaite une belle année ! Je partage aujourd'hui avec vous cette photo, il s'agit de 2 plaques émaillées provenant des archives familiales et concernant mon grand-père. Leur dimension est d'environ 8 cm. Il y a probablement un lien avec ses fonctions durant la seconde guerre mondiale au service auto de l'EMP du Général de Gaulle à Alger puis à Paris (en tant que sergent-chef et qu'ex FFL). Je suppose que ce sont des plaques à poser à l'avant du véhicule sur la calendre ou le radiateur, cela m'échappe un peu et je suis preneur d'informations si vous en avez car ma recherche sur internet n'a rien donné. Merci d'avance pour votre aide.

    berogeitabi

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    J'avais vu l'info, mais dans une très courte dépêche. 

    Bouchon-Gras 49

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    Merci Heïdi, comme souvent les média n'y font même pas allusion, trop pris dans la bataille du "trône", écœurant ! Nous leurs souhaitons un prompt rétablissement.

    Bouchon-Gras 49

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    Dans la Marine nous sommes (sauf les fusiliers marins) équipé du Famas G2 qui est conforme à la norme de standardisation STANAG 4719 de l'OTAN. La particularité de ce fusil d'assaut est d'avoir la baïonnette positionné au dessus du canon et non en dessous comme la plus part de autres fusils. Notons également qu'ils sont équipés pour tirer des grenades à fusil, en tire courbe ou tendu.  
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