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La 10e D.I. en Allemagne (1945)


Mazeppa

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Eté 1970 à Louviers (27), un vieux monsieur est assis dans un fauteuil et fume sa pipe. On peut dire que cet accessoire ne l'a jamais quitté car il a commencé à fumer à 20 ans et il en a maintenant 75. La fumée reste en suspension dans la pièce créant une atmosphère irréelle dans cette salle à manger/salon modeste. Le mobilier qui la garnit date du début des années 30. S'il est fonctionnel, il reste massif et sans originalité. Un buffet, une table, des chaises, 2 fauteuils constituent l'essentiel de ce qui garnit la pièce. Une exception toutefois avec un vieux meuble phonographe, mais aussi de la même époque. Au-dessus du phonographe, un cadre assez ouvragé et une photo. Celle de son fils unique Simon.

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Le regard du vieux monsieur s'attarde sur cette photo, et les souvenirs de la deuxième guerre mondiale lui reviennent.

1939. A cette époque il est charbonnier. Depuis plusieurs années, installé en proche banlieue parisienne, il livre le charbon aux ménagères que ce soit dans Paris ou alentours. Métier difficile où il n'est pas rare de devoir porter au sixième étage d'un immeuble sans ascenseur un sac de charbon de 40 kgs.  Lors de la déclaration de guerre il ressent beaucoup de tristesse. Il pensait tout comme d'autres hommes de sa génération qu'ils avaient vécu et participé à la dernière des grandes guerres. La Der des Der.

En 1940, lui qui avait vécu l'enfer des tranchées pendant 4 ans est rappelé une seconde fois. Il a 45 ans.

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Sur la photo avec des lunettes (et la blague à tabac dans la main....... bien sûr)

S'il n'est pas affecté en première ligne, il est envoyé avec d'autres hommes de sa génération à Moulins pour travailler dans une mine de salpêtre (nitrate de potassium utilisé dans l'indutrie de l'armement -poudre noire-). Par chance, il se fait rapidement affecter aux cuisines évitant ainsi les pathologies liées à l'extraction du salpêtre. Comme on peut le lire ci-dessus, il sera démobilisé en novembre 1940 au bout de 8 mois et retournera chez lui.

Rapidement, son activité décline faute de matières premières. Quasiment plus de charbon, plus d'essence pour faire rouler le camion, juste du charbon de bois.

Et c'est donc la mise au point du gazogène par Georges Imbert en 1920 qui solutionnera, a minima, la pénurie d'essence. Et on utilisera le charbon de bois à cette fin.

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Sur cette photo, on distingue derrière l'homme assis sur le passage de roue du camion le gazogène, gros cylindre vertical dans lequel on chargeait le combustible, et l'adaptation de l'échappement.

En 1942, c'est l'époque du S.T.O. Dans sa forme initiale, et sur la base du volontariat, seuls 70.000 français rejoindront l'industrie de guerre allemande. Devant cet échec, l'Allemagne nazie imposa à l'Etat français en février 1943 la réquisition de la main d'oeuvre française âgée de 21 à 23 ans. Ce qui fit porter à 600.000 le nombre de travailleurs au profit de l'Allemagne. A cette date, notre vieux Monsieur cherche immédiatement à soustraire son fils à la réquisition allemande. Il contacte aussitôt un de ses amis/fournisseur à Rion des Landes (40) pour qu'il emploie Simon comme bûcheron-carbonisateur (fabrication du charbon de bois). Tout cela se fait rapidement, et en mars 1943, Simon est sur place. Pendant 22 mois, il habitera à Rion et fabriquera du charbon de bois.

 

Pour faire simple, la fabrication du charbon de bois s'effectue à l'étouffé et très lentement.

Bien évidemment, il eut quand même affaire avec le commissariat général au STO.

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Il ne fut pas requis pour le STO, mais du cependant se présenter aux convocations allemandes

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Traduction : Certificat. Simon, conducteur, est autorisé à entrer à la caserne Bosquet à Mont de Marsan.

A la libération, Simon retourne à Paris.

Il est appelé sous les drapeaux le 01.02.1945 dans l'Armée Rhin et Danube et au sein d'une Compagnie de Transport de la 10ème D.I. Le 550ème Groupe, puis le 610ème. La 10ème D.I occupe la région de Coblence à la suite des troupes américaines et une de ses missions est notamment d'assurer l'approvisionnement en nourriture des populations civiles. Mais laissons Simon continuer ce récit :" Lorsque les allemands voient arriver des troupes françaises c'est un mélange de peur et de stupéfaction. Et dans leur esprit, les français vont vouloir se venger de ce qu'ils ont subi pendant 4 ans. Assez rapidement, les français remettent en route une boulangerie et assurent la distribution des denrées de premières nécessité. Ce sont d'abord, et exclusivement, de vieilles femmes qui viennent chercher le ravitaillement, quelques temps après des hommes âgés viendront à leur tour à la distribution. Bien plus tard ce sera au tour des jeunes filles dont la plupart ont connu le sort funeste réservé aux femmes dans les pays conquis (à l'instar des troupes soviétiques, mais sans les meurtres et les exécutions sommaires...). Deux prisonniers allemands seront affectés au 610ème du fait de leur connaissance en mécanique. Ils jouiront d'une relative liberté pendant cette période.

 

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J'ai un petit problème technique pour insérer les photos, donc je fais un deuxième post.

Voici Simon en Allemagne avec sa jeep

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Entre autres choses, il sillonnera la zone d'occupation française en Allemagne comme l'indiquent les panneaux (Ebersteinburg près de Baden-Baden)

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Ici la pancarte du 610ème Groupe de la 180ème Compagnie

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L'armée Française est en reconstruction et est, comme on peut le voir, fortement "américanisée"

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Simon sera démobilisé en janvier 1946.

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  • Posts

    Bakoua

    Posted

    Bonjour, Je m'interroge sur les modalités me permettant de devenir réserviste opérationnel ou citoyen. Concernant la réserve citoyenne, je découvre plusieurs liens sur votre forum ou ailleurs, mais les liens sont cassés ou obsolètes. A priori on me redirige sur ce site, mais je ne vois que des missions en réserve opérationnelle : https://www.reservistes.defense.gouv.fr/ La réserve citoyenne n'existe peut être plus ? Merci  

    Bakoua

    Posted

    Je suis également intéressé, ce n'est pas évident de prendre position ne connaissant pas l'envers du décors de ces différentes entités.

    Marie111222

    Posted

    Bonjours , jais dénoncer mon contrat car la spécialité me plaisait pas jais voulue contacter directement mon cirfa mais celui-ci m’a dit que ne peut pas me reprendre car jais une FGI donc ses a moi d’aller démarcher l’es régiment  mais jais que des refus et a coter de ça d’autre cirfa me dise que ses possible de re ouvrir un dossier en cirfa donc je suis un peut perdu 

    Bouchon-Gras 49

    Posted

    Bonjour, Effectivement, mais bon c'est une histoire de temps et de passience. Bon attention, partir dans les DOM-TOM, se nomme partir en "campagne", l'OPEX ce sont des opérations extérieur, façon douce de dire partir dans une zone de combat et donc à risque et personne n'est prêt a envoyer des "enfants" dans une zone de combat avec ce que ça sous-entend. Son SIGYCOP indique un 2 dans la partie G, "état Général" c'est large, une scoliose, du surpoids... Dommage qu'elle ne sache pas la cause, afin de solutionner le soucis. Mécanicienne, elle partira forcément, le rôle d'un marin est d'embarquer et avec cette spécialité, peu de chance de rester à terre. Il faut qu'elle garde le morale, qu'elle s'accroche, qu'est ce que, quelques mois dans une vie... bon pour un jeune je sais la vision n'est pas la même mais cependant il lui faut savoir être patiente, s'accrocher, ça va venir !

    Tintinduweb

    Posted

    Elle dort dans une chambre isolée des autres filles majeures, elle a même interdiction de se rendre dans leur chambre pour "papoter" ! A Paris pour le 14 juillet, ça ne posait pas de problèmes, mineures et majeures étaient "ensemble"... Bon après, ce n'est pas bien grave mais du coup, ça la marginalise encore un peu... Et bien sûr, les garçons sont logés à l'étage en dessous ! Concernant sa période de probation prolongée de 6 mois, ses instructeurs se demandent si ce n'est pas lié avec son inaptitude de 11 mois aux opex, mais sans en être sûrs. Ce qui ne rassure pas, ou en tout cas ce qui contrarie, c'est que cette période a été prolongée pour "raison de santé", sans autre explication... 🤔 Pour en revenir au fait que les mineurs ne partent pas en opex, personne ne lui a dit, même pas à la PMM ! Et pourtant, la Marine recrute dès 17 ans (16 pour les mousses)... On a même signé en tant que parents une autorisation pour partir aux DOM-TOM !? Bon maintenant, ma fille l'accepte et va prendre son mal en patience. Elle l'aurait su avant n'aurait pas entamé sa détermination ! Et sinon, elle a choisi MOMACHINE !      
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